Mardi Himal: dernier jour, mission accomplie

Comme d’habitude, je me réveille un peu avant 6h sans même avoir besoin du réveil. Je sors pour aller admirer mon dernier coucher de soleil dans les montagnes.

Aujourd’hui, je me dirige vers le promontoir à quelques dizaines de mètres de la teahouse pour avoir une vue sur la vallée. La ciel est couvert de nuages bas (certains plus bas que nous) dont dépassent les pics les plus hauts. Un orage se profile au loin… Un groupe de Français qui devait faire le parcours que nous avons fait hier décide de renoncer car la vue est bouchée, on devine à peine le mont Machhapuchhre. On a eu de la chance avec la météo!

La nuit a été bien froide, la grêle n’a pas fondu et recouvre le sol d’un tapis blanc qui ressemble à de la neige mais est aussi glissant qu’une patinoire. On découvre un nouveau paysage… On peut voir la couche blanche sur la crête que nous avons gravie hier. J’imagine que la rando serait plus difficile dans ces conditions. Je retourne chausser mes crampons avant d’aller faire une quelques clichés sur le promontoir.

La vue est magnifique, le silence impressionant. Mais j’ai les doigts congelés dès que j’enlève les gants pour prendre une photo donc je ne reste pas longtemps et vais rejoindre les autres pour le petit déjeuner.

En passant, j’admire la dextérité des locaux qui taillent des pics de bois à la machette pour faire des bâtons de marche. Je pense qu’ils ont été surpris par l’orage hier et ont décidé de passer la nuit à la teahouse. Ils n’ont pas de crampons et vont utiliser le bâton pour se stabiliser dans la descente.

Après le petit-déjeuner nous faisons les dernières photos avec Suk et prenons congé.

Une longue descente nous attend jusqu’à Sidding où nous prévoyons de prendre une jeep pour nous retourner à Pokhara. L’autre option serait de passer la nuit à Sidding et de descendre ensuite jusqu’à Lumle pour prendre un bus ou un taxi jusqu’à Pokhara. On se dit qu’on avisera à Sidding mais la perspective de passer une nuit plus confortable que les précédentes nous fait plutôt pencher en faveur de la première option. Suk nous a donné le contact d’un chauffeur de taxi-jeep, nous sommes confiants.

Quand nous partons, il fait encore frais et nous sommes dans les nuages (littéralement) mais l’orage semble s’être éloigné. A mesure qu’on descend, la température se réchauffe et la grêle qui fond se mélange à la terre du sentier pour former de la boue.

On repasse aux mêmes endroits qu’il y a deux jours mais le paysage est différent, recouvert d’un manteau blanc sur lequel constrastent les fleurs rouges des rhododendrons et les tiges des bambous. Nous repassons par le point de vue à 360 où nous avons la chance d’admirer un aigle survoler les flancs de la montagne avec la vallée en contrebas.

Après un autre passage bien boueux, nous nous enfonçons à nouveau dans la forêt tropicale qui recouvre les étages inférieurs de la montagne.

Nous avons une longue route à parcourir et les 1700 mètres de dénivelé négatif vont à n’en pas douter mettre nos organismes à rude épreuve. En chemin, on apprend d’un guide que la pluie est annoncée pour 13 heures. On n’aura sans doute pas le temps d’arriver à destination avant l’orage mais on décide de ne pas faire de pause déjeuner pour mettre toutes les chances de notre côté. On a tous des snacks à finir, on ne mourra pas de faim! On descend chacun à notre rythme, nous sommes éloignés de quelques dizaines de mètres les uns des autres (Anouk et Peter fermant la marche assez loin derrière), on ne croise presque personne, et surtout des Népalais en fait (ça ajoute au dépaysement), donc on a l’impression d’être seuls sur le chemin.

James cavale devant et prend plaisir à aller vite sur un sentier un peu technique par endroits. Je suis pas loin derrière (merci les années de rando en Colombie-Britannique, les longues descentes en forêt, je maîtrise), j’apprécie le défi sportif mais je me force parfois à ralentir pour prendre le temps de savourer les derniers instants de ce trek. Je respire à fond et emplis mes poumons de l’air de la forêt, je laisse mes doigts vagabonder sur l’écorce des arbres…

C’est à cet instant que je réalise vraiment ce que je viens de faire et je ressens beaucoup d’émotions.

Lorsque je suis montée dans l’avion en novembre, et même ne serait-ce que 2 mois plus tôt alors que j’étais en Thailande, j’étais loin d’imaginer que je me retrouverais à 4000m d’altitude dans la chaîne des Anapurnas ce même printemps! J’essaie de graver ces émotions en moi pour les moments de doutes ou les éventuels coups durs que l’avenir me réservera. Sur le coup, ça booste ma confiance et je me sens prête à affronter n’importe quoi même si je n’ai toujours pas la moindre idée de ce que je vais faire en rentrant à Montréal… Les 6 mois de voyage passés n’ont pas vraiment fait avancer les choses!

J’ai aussi une grosse pensée pour tou.te.s les ami.e.s qui m’ont accompagnée sur les sentiers des environs de Vancouver et m’ont permis d’acquérir une petite expérience de trekking. Je pense à toutes mes discussions avec Marion et j’aborde ce passage solitaire en forêt presque comme une méditation. Je me concentre sur l’instant présent, ma respiration, mes sensations, les odeurs, les couleurs, là où je vais poser le pied… Ça permet de rendre agréable une partie de la rando qui est assez fastidieuse.

Comme prévu, la pluie se met à tomber bien avant que nous ayons fini la rando mais on commence à voir des signes de civilisation, on n’en a plus pour très longtemps. A une échoppe de thé et snacks qui marque la fin officielle du sentier du Mardi Himal, je revois un porteur que j’avais rencontré dans les environs de Pokhara (je vous dois un article pour vous parler de cet épisode). On s’était vus deux jours plus tôt sur le sentier, il m’avait reconnue. On papote un peu, il accompagne un groupe qui n’a malheureusement pas pu aller jusqu’au bout à cause des nuages. Il est vraiment sympa et son anglais est plutôt bon, j’espère qu’il pourra devenir guide dans les années à venir et améliorer son salaire et ses conditions de travail, il est encore jeune, c’est loin d’être impossible…

Enfin nous voyons la première teahouse de Sidding.

Une photo pour immortaliser la fin d’un sentier très agréable! Fatiguée mais heureuse…
Le buffle lèche du sel que son propriétaire a mis sur le rocher pour lui (c’est bon pour leur santé).

James et moi attendons Monica qui n’est pas loin derrière puis on va se mettre au sec et on se commande un chaï en attendant les deux autres. Ils ont bien carburé sur la fin de la descente malgré les problèmes de genoux d’Anouk et ils arrivent seulement une petite vingtaine de minutes après nous. On trinque avec nos thés et on se repose un peu avant de continuer la descente jusqu’à l’endroit où on doit prendre la jeep. Peter passe un coup de fil au chauffeur dont nous avons le contact mais la communication est difficile. On décide alors d’aller voir s’il y a des jeep disponibles pour un départ immédiat. Les jambes sont lourdes mais il faut se remettre en route. Il est déjà 16h et on a encore deux heures de route pour retourner à Pokhara.

Quand on arrive, une jeep est sur le point de partir mais, manque de chance, elle est déjà complète. On rappelle alors le chauffeur qu’on avait du mal à comprendre et on s’assure qu’il va venir nous chercher. Il nous dit qu’il est en route et en a pour environ une heure.

En attendant, les garçons commandent une bière (tiède…) et on trinque. Ensuite, on rejoint les enfants qui jouent au foot devant la maison à côté, la grand-mère nous offre un thé et on partage un moment bien sympathique, une belle façon de terminer la journée, au contact des locaux. Les mômes courent après le ballon quand il sort du terrain et sautent un muret d’une hauteur impressionnante (dans les 2m je dirais). La grand-mère est furieuse car ils écrasent les oignons qui poussent dans le jardin. On ne comprend pas ce qu’elle dit mais le sens est assez évident!

Finalement, après pas loin d’1h30 d’attente, la jeep finit par arriver.

Le chauffeur essaie de négocier pour que son copain s’asseoit avec nous dans la cabine mais il n’y a clairement pas de place à moins qu’il ne vienne sur les genoux de quelqu’un… On paie le prix fort pour une jeep privée et on est crevés après cette longue journée donc on lui fait comprendre qu’on n’a pas l’intention de s’entasser les uns sur les autres pendant deux heures. Après tout, il y a de la place à l’arrière avec nos sacs à dos, ce n’est pas comme si on laissait le gars sur le bord de la route! Finalement, son copain prend place sur le marchepied à l’arrière, debout, accroché à l’échelle. En fait, tout au long du trajet, des hommes vont succéder sur les marchepieds (jusqu’à 3 personnes en même temps), profitant de notre jeep pour faire un bout de chemin (il me semble qu’ils donnaient un peu d’argent au chauffeur, pour qui le trajet est une opération rentable).

Vu comment ça tangue j’imagine que les gars ont des bras en acier pour réussir à tenir…

Peu après notre départ, on se rend compte que la partie la plus dangereuse de notre aventure vient en fait de commencer! La route est étroite, en mauvais état avec des ornières énormes, et le précipice à notre gauche est impressionant… Bien évidemment rien ne nous sépare du vide et on passe parfois à quelques centimètres du bord pour éviter une ornière ou un véhicule. On est secoués dans tous les sens et on s’accroche comme on peut.

Anouk, pas du tout crispée…

Je reste assez zen car je sais que le gars a l’habitude et qu’il maîtrise sans doute son sujet mais on serre quand même les fesses… Par contre, le paysage est magnifique! On a une vue sur la vallée et les maisons et les terrasses cultivées aménagées à flanc de montagne.

On traverse quelques villages puis on arrive finalement dans la vallée. La route est un peu meilleure mais on doit aussi traverser quelques gués (heureusement pas très profonds). On est rassurés car on n’a plus peur de finir au fond du ravin mais la circulation s’intensifie en arrivant vers Pokhara: piétons, motos, bus, voitures… et notre chauffeur ne supporte pas de rester derrière un autre véhicule plus de 10 secondes semble-t-il donc il enchaîne les dépassements dangereux, il passe au ras de piétons et plusieurs personnes et autres véhicules plus petits que nous ont eu chaud aux fesses.

Quand il nous dépose finalement à Pokhara il est 20h passées et on décide de rentrer dans nos quartiers respectifs pour prendre une bonne douche et se reposer.

On se donne rendez-vous le lendemain pour célébrer la fin de notre aventure au Lakelovers Café, mon petit resto préféré, un resto familial sans prétention mais qui sert une cuisine excellente (népalaise mais aussi d’inspiration occidentale) et pour lequel j’ai créé la page Google et Tripadvisor pour essayer d’attirer plus de clients. Ça fait bizarre de se voir bien reposés et “en civil” après s’être cotoyés pendant 5 jours emmitouflés dans nos vêtements de rando! On se reverra plusieurs fois les jours suivants avec Anouk et Monica tandis que les garçons partent vers de nouveaux horizons (retour à la maison pour James, un autre trek pour Peter qu’on n’arrête plus!)

 “the Improv Crew” et sa nouvelle recrue  ♥

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