Préparation au DALF: le thème “la place des femmes dans la société” (2è partie)

Concernant la préparation aux tests, cette partie vous sera plus utile si vous préparez le DALF C1 ou C2 que pour le DELF niveau B1-B2 mais vous pourrez y trouver des choses intéressantes quand même, surtout si vous vous intéressez au féminisme en général! Je vous parle notamment de l’écriture inclusive qui vous sera utile pour la compréhension et la production écrite.


Transcription

Dans l’épisode précédent, je vous ai parlé d’histoire et de prises de conscience. Comme on l’a vu, la société dans son ensemble* a réalisé que de nombreuses inégalités subsistent* encore entre les hommes et les femmes au travail et dans la vie de tous les jours. Au-delà d’un* changement des mentalités, on* s’est rendu compte qu’une intervention des pouvoirs publics* était nécessaire pour créer les conditions qui permettront d’atteindre l’égalité mais vous allez voir que l’objectif est loin d’être atteint.

(1) Les défis dans la sphère* politique sont nombreux et j’en examinerai deux: la parité de représentation et le rapport au corps féminin.

(a) la parité politique

Tout d’abord, de gros efforts ont été faits au niveau politique. Aux Etats-Unis, on parlerait peut-être d’affirmative action, la discrimination positive, mais en France on parle de “parité”, un concept dont l’objectif est d’assurer aux femmes et aux hommes les mêmes opportunités d’accès aux fonctions politiques et administratives. Et c’est nécessaire, croyez-moi, car on partait de loin! On part même de tellement loin que l’objectif actuel serait déjà d’atteindre 40%, et non 50.

En effet, si les Révolutionnaires français inspirés par la philosophie des Lumières ont inventé la devise de la France “Liberté, Égalité, Fraternité”, ils ont pris soin d’exclure* les femmes. Napoléon, à l’origine du Code Civil sur lequel est basé le système politique français, a déclaré en 1801 au Conseil d’État: “Les femmes doivent être contenues. Elles vont où elles veulent, elles font ce qu’elles veulent (…) Ce qui n’est pas Français, c’est de donner de l’autorité aux femmes.” Voilà, voilà, sans commentaire… 

Heureusement les choses ont changé mais ça prend du temps. Depuis juin 2000, les partis politiques doivent présenter un nombre égal de femmes et d’hommes aux élections qui fonctionnent sur le mode du scrutin* de liste où on vote pour un groupe de candidats et non pour une seule personne. Toutefois, il n’y a aucune obligation concernant la parité des têtes de liste et on constate que la majorité sont menées par des hommes. Pour les élections municipales 2020, qui concernent les communes, seulement 23% des listes présentent une femme comme candidate principale au poste de maire. Par conséquent, les hommes sont toujours surreprésentés* dans les institutions publiques. A ce jour, la France n’a eu qu’une seule femme Première Ministre et ça ne s’était pas très bien passé.

Je vais faire une petite parenthèse ici pour vous parler du Canada qui a la même démarche paritaire*. Aux dernières élections fédérales en 2019, le parti NPD, qui voulait absolument présenter autant de femmes que d’hommes et des représentant.es de minorités, a eu beaucoup de difficultés pour trouver assez de candidates, ce qui a permis de réaliser que, même si la possibilité de se présenter aux élections existe, il y a d’autres raisons qui freinent la participation. Je vous mets dans la description un lien vers un article si ça vous intéresse. 

(b) une conséquence de la sous-représentation: la faible prise en compte des problématiques féminines

Un sujet sur lequel les pouvoirs politiques, sans doute* à cause de leur masculinisation, sont encore en retard concerne le corps féminin et ce qui fait ses particularités, les menstruations et l’accouchement.

Cette année j’ai été agréablement surprise de voir à la télé un spot publicitaire du gouvernement expliquant que les femmes en situation de précarité* pourront bénéficier prochainement de protections périodiques gratuites. A ce sujet, c’est seulement à partir de 2015 et après des débats houleux, que ces articles ont été considérés comme des produits de première nécessité alors que les femmes doivent obligatoirement en utiliser pendant leurs menstruations. Leur taxe de vente (la TVA) est alors passée de 20% à 5.5%. Je suis sûre que vous avez déjà entendu parler de la taxe rose, la pink tax. Alors c’est pas vraiment une taxe parce que ce n’est pas le gouvernement qui va plus taxer les produits en général mais ce sont les fabricants qui vont vendre les produits destinés aux femmes plus cher. Donc maintenant que les femmes sont conscientes du phénomène, le problème est assez facile à régler, il suffit de ne plus acheter ces produits, ce n’est pas vraiment un problème politique en fait

(c) l’éducation

Ce qui, à mon avis, en est un, c’est l’éducation des filles et des garçons. Il faut éduquer* les enfants pour leur apprendre* à être respectueux et conscients de la notion de consentement. Il existe beaucoup d’activités qui peuvent être organisées dans les écoles et qui vont permettre d’abord de protéger les enfants, garçons et filles, et de faire évoluer les comportements durablement. L’éducation doit également informer les enfants sur leur propre corps, savoir en* nommer les parties, savoir ce qui est privé et en* connaître le fonctionnement. Concernant les femmes, jusqu’à récemment, on ne parlait pas, ou très peu, de choses comme la dépression post-partum après l’accouchement, la maladie appelée endométriose qui est très douloureuse et touche pourtant 10% des femmes ou encore le mécanisme de la ménopause. Ces troubles peuvent devenir des problèmes de santé publique, c’est pourquoi je pense qu’on doit les considérer comme des problèmes politiques. 

Un autre problème d’éducation se pose actuellement*, c’est celui des policiers et des personnes qui sont chargées d’accueillir les femmes qui viennent porter plainte* quand elles ont été victimes de violences. Peu d’agressions sont signalées par les victimes par peur du jugement et car leur parole est souvent mise en doute faute de* preuves. 

Comme au temps de Napoléon, on voit qu’être une femme c’est, comme dit l’expression, “soit belle et tais-toi” (be beautiful and shut up)… et souffre en silence.

Nous avons donc vu que les femmes sont sous-représentées dans la sphère* politique et les conséquences que cela a. 

(2) La sphère économique

Mais ce n’est pas tout, elles sont aussi faiblement présentes aux plus hauts postes économiques. Il y aurait beaucoup à dire mais je vais passer rapidement sur le sujet. Une loi du 27 janvier 2011 fixe un objectif de 40% minimum de femmes ou d’hommes au sein des* conseils d’administration des entreprises cotées en Bourses et de celles de plus de 500 salarié-e-s présentant un chiffre d’affaires d’au moins 50 millions d’euros. Cette mesure est plutôt efficace. En 2020, les entreprises françaises font bonne figure* dans le classement européen de la parité en général mais une seule entreprise du CAC40 (les 40 plus grandes entreprises françaises cotées en Bourse) était dirigée par une femme et elle vient de se faire virer* cette semaine. Bref*, l’égalité, c’est pas gagné*!

(3) A mon avis, une des raisons pour cela vient de l’imaginaire collectif, la façon dont une société voit le monde. C’est peut-être parce que j’enseigne les langues mais pour moi, ça passe notamment par le langage.

En effet, le langage exprime notre représentation collective du monde, c’est pour ça que chaque pays va avoir ses particularités et ses nuances qui font qu’il est difficile d’apprendre une langue étrangère. Donc, si on veut changer notre représentation de la place des femmes dans la société, il faut s’interroger sur notre langue. D’abord je vais vous parler de l’écriture inclusive puis du lexique, du choix des mots qu’on utilise. 

(a) L’écriture inclusive

Vous avez peut-être vu apparaître dans les journaux (et sur ce blog) des mots écrits avec un “.” ou un – dans le mot, par exemple: “Jean et ses ami.e.s sont parti.e.s”. Avant, on devait écrire le “e” entre parenthèses: ami(e)s. Or, on utilise des parenthèses dans un texte pour indiquer les parties peu importantes, les détails non nécessaires. Donc, comme “le masculin l’emporte sur le féminin” (“the masculine wins over the feminine”, c’est ainsi qu’on enseignait la grammaire aux enfants jusqu’à récemment), toute marque du féminin était reléguée au second plan*  depuis des générations. Comme nous sommes désormais conscient.e.s que le langage construit notre monde, la conclusion logique est que pour obtenir plus d’égalité, il est nécessaire de modifier la langue et notamment la façon d’écrire. C’est ainsi que l’Académie Française a proposé d’utiliser le “.” et de changer les règles d’accord de l’adjectif pour revenir aux règles de l’accord de proximité, datant d’avant le XVIIè siècle. Ce n’est peut-être pas idéal, et ça va peut-être évoluer encore dans les années à venir mais au moins ça permet de débattre sur le sujet et de rendre visible la partie féminine.

Ce serait plus simple si le français n’avait ni masculin ni féminin mais ça c’est une autre histoire…

L’Académie a aussi réfléchi à la féminisation de tous les noms de métiers. Comme tout ça est assez nouveau, parfois deux versions sont acceptées et l’usage décidera après quelques années laquelle va rester, par exemple aujourd’hui on peut dire soit une auteure ou une autrice pour parler d’une femme qui écrit des livres.

(b) le lexique

Pour illustrer l’importance du choix des mots, je vais vous renvoyer vers un article que j’ai écrit il y a quelques mois sur un rapport commandé par le gouvernement qui s’appelle “le Grenelle des violences conjugales”. Cette initiative a permis de révéler l’ampleur du phénomène et de communiquer à la population que, même si l’acte a lieu dans le domicile et la famille, la violence domestique est un crime. Un deuxième exemple, Canadien cette fois, concerne un événement tragique qui s’est passé à Montréal en 1989, il y a seulement 30 ans, lorsqu’un* homme armé a tué 13 femmes sur le campus de Polytechnique pour la seule raison qu’elles étaient des femmes et qu’elles étudiaient. Ce crime, auparavant qualifié de “tuerie”, un terme très général, a été rebaptisé “féminicide*” pour prendre en compte l’identité des victimes et le motif haineux* de l’acte, comme on l’aurait fait pour un acte raciste. 

Ces changements dans la langue française peuvent paraître insignifiants mais il est important de décrire la réalité pour faire prendre conscience que, statistiquement, les femmes ont de grands risques d’être victimes de violence dans leur vie et pour permettre aux petites filles et aux femmes de se sentir valorisées*

(4) La sphère artistique et culturelle

Enfin, vu l’actualité en France suite à ce qu’on appelle l’affaire Gabriel Matzneff et suite au prix attribué à Roman Polanski aux Césars 2020, je ne peux pas conclure sans vous parler du domaine culturel. Le premier est un auteur qui a écrit dans les années 1980 un livre racontant ses relations sexuelles avec des jeunes filles mineures qui avaient parfois seulement 14 ou 15 ans. Aujourd’hui, suite à la plainte d’une de ses victimes il est en procès mais, à l’époque, ses écrits ne choquaient pas en France, seule une écrivaine québécoise avait osé l’accuser pendant une émission télévisée. Le cas Roman Polanski est plus complexe. Il nous amène à nous poser la question de savoir si on doit, et si on peut, séparer l’homme de l’artiste. Sans parler des qualités artistiques du film, que je n’ai pas vu, je pense que le prix qu’il a reçu n’était pas opportun* et qu’il ressemble à une provocation dans le contexte actuel. Une provocation qui permet ensuite d’accuser les femmes qui expriment leur désaccord de “gâcher la fête”(ruin the party) et d’être une “meute de hyènes en roue libre” (a pack of out-of-control hyenas), je cite ici un auteur célèbre, Frédéric Beigbeder.

Pourquoi c’est important de s’interroger sur l’art et la culture? Parce que ce sont les livres que nous lisons et les films que nous voyons qui influencent la construction de notre identité en tant qu’homme, femme ou autre. Si ça vous intéresse, je vous invite vivement à écouter le podcast Les couilles sur la table* qui parle du “male gaze”, le regard masculin, et du “female gaze” dans la réalisation au cinéma, le lien est dans la description. 

Conclusion

Pour conclure, on voit que la place de la femme dans la société touche des domaines variés, de l’éducation à l’économie en passant par la politique et l’art. Il est nécessaire de nous interroger sur tout ce qui nous entoure car ce que nous considérions jusqu’à récemment comme des choses “normales” ne sont en fait que des constructions sociales et de nouveaux problèmes éthiques se posent désormais

Pour terminer avec un dernier mot sur mes 2 pays, je pense qu’il y a dans les institutions politiques et chez les citoyens une vraie volonté de progrès et les choses bougent. Honnêtement, je suis fière et chanceuse d’être Française et Canadienne pour cette raison, mais comme on le voit avec certains hommes politiques, certaines personnes du domaine artistique et certains comportements dans la société, il reste un long chemin à faire et il ne faut pas oublier que les avancées obtenues concernant le statut des femmes doivent aussi s’appliquer à toutes les personnes, quel que soit leur genre, orientation sexuelle, origines et/ou handicap

Voilà, vaste sujet, j’espère que vous vous sentirez plus confiant.e pour en parler, n’hésitez pas à réagir en commentaire sur le blog ou sur les médias sociaux, dites-moi comment est la situation dans votre pays et ce que vous imaginez pour le futur, ou vous pouvez même réserver une séance avec moi pour en parler directement! Vous pourrez vous challenger sur le sujet, recevoir de l’aide pour exprimer vos idées et un feedback sur votre français.

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Des liens pour approfondir

Si vous m’avez écoutée ou lue jusqu’au bout (jusqu’à la fin) et que ce thème vous a intéressé.e, voici quelques recommandations.

Exercices de préparation au DELF

Sur le site partajondelfdalf: ici et

Articles

Mon article sur le “Grenelle des violences conjugales
Ouest-France, éditorial “La juste place des femmes” (6/03/2020)
Le Devoir, “La diversité, une barrière au recrutement pour le NPD?” (4/09/2019)
20minutes.fr, “Parité : Les entreprises du CAC 40 en tête en Europe sur l’égalité femmes-hommes
Les Echos, “CAC40, où sont les femmes?” (17/02/2020)
L’Express.fr: “La distribution gratuite de protections périodiques, comment ça marche?” (13/02/2020)
L’épisode du podcast Les couilles sur la table que je cite

Si vous voulez lire un style littéraire très direct (voire violent) et différent de ce à quoi vous êtes habitué.e.s: la tribune de Virginie Despentes dans Libération sur le prix attribué à Roman Polanski (vous apprendrez plein d’argot qu’on utilise tout le temps quand on est énervé!)

La confrontation entre Gabriel Matzneff (avec le soutien de Bernard Pivot) et l’écrivaine Denis Bombardier: vidéo

Pour vous détendre

Le film “Je ne suis pas un homme facile” (je ne dirais pas que c’est un film féministe mais en renversant les rôles il permet de se rendre compte de certaines choses)

Livres
Simone de Beauvoir, le deuxième sexe
Les livres de Virginie Despentes

Théâtre
Si vous allez à Paris et que vous comprenez bien le français, je vous recommande la pièce de théâtre (avec des intermèdes en chanson): Et pendant ce temps, Simone veille ! 

Musique

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