Préparation au DELF: le thème “la place des femmes dans la société” (1ère partie)

Aujourd’hui, je vous présente un épisode un peu féministe parce que c’est un thème très présent dans les débats actuels. On pourrait parler plus généralement du genre (gender) et des problématiques LGBTQ mais ça prendrait beaucoup de temps. De plus, si vous préparez le DELF, DALF, TEF ou le TCF, il est plus probable que les thématiques proposées seront en rapport avec la place des femmes dans la société donc c’est là-dessus que je vais me concentrer pour vous aider à vous exprimer sur le sujet en français avec du vocabulaire et des exemples. Il ne s’agit pas d’un exposé argumentatif mais plutôt informatif même si je vais aussi donner mon avis personnel.

Comme il y a beaucoup de choses à dire, ce thème sera divisé en 2 épisodes. 


Transcription

La société a beaucoup évolué ces dernières décennies* mais, ces dernières années, on peut voir que la déconstruction des discours dominants entamée* par les féministes des années 1960 commence à porter ses fruits*. Pour commencer, je vais vous présenter rapidement la chronologie des changements relatifs à la condition féminine en France depuis 1945 avec les dates-clés. Ensuite, j’examinerai plusieurs aspects importants dans les débats actuels, parmi lesquels la répartition des travaux domestiques entre les hommes et les femmes, l’aspect économique avec la place des femmes dans le monde du travail et les enjeux* liés à la sexualité. Enfin, dans le second épisode, je terminerai en parlant des progrès accomplis et des défis auxquels nous faisons encore face. 

(1) Tout d’abord, arrêtons-nous sur les dates importantes concernant la condition féminine en France depuis la Seconde Guerre Mondiale.

(a- droits politiques)

En 1944, le droit de vote est accordé aux femmes. Il avait été accordé à tous les hommes sans distinction de “race” en 1848*. Une première tentative pour les femmes avait eu lieu* en 1919 mais avait été rejetée par le Sénat donc les femmes ont dû attendre jusqu’en 1948 pour participer à leurs premières élections.

(b- indépendance financière)

Arrêtons-nous ensuite sur le 13 Juillet 1965, une date pivot* qui a peut-être changé le plus de choses car elle a permis de faire évoluer les mentalités. Cette loi a permis aux femmes de travailler sans le consentement* de leur mari, c’est-à-dire que, légalement, le mari ne peut pas refuser que sa femme ait un emploi. La loi a permis aux femmes de gagner progressivement leur indépendance financière. Elles avaient désormais* le droit d’avoir un compte bancaire personnel et de conserver les revenus qu’elles gagnaient. Il est également devenu impossible pour le mari de vendre la maison ou les biens* familiaux sans la signature de la femme. La situation de dépendance paraît inimaginable* aujourd’hui et pourtant, à l’époque, tout le monde ne pensait pas que c’était une bonne idée! Je vous invite à regarder le document des archives de l’INA que j’ai mis en lien. On voit que même en 1977 le travail des femmes ne faisait pas l’unanimité*! (archive INA en lien en bas de l’article)

(c- droits sur leurs corps, la contraception)

Ensuite en 1967, une autre loi a permis aux femmes de reprendre plus de contrôle sur leur propre corps avec la légalisation de la contraception. Depuis 1974 la pilule contraceptive est même remboursée en partie par la sécurité sociale (ce qui n’empêche pas la France d’avoir un des taux de natalité les plus élevés en Europe).
Puis en avril 1975, au terme d’un débat houleux*, la loi dépénalisant* l’avortement a été votée par le Parlement. La députée Simone Veil était à l’origine de la proposition de loi et s’est battue pour la faire adopter. Aujourd’hui encore, certaines personnes contestent le bien-fondé* de cette loi.

Comme on le voit, petit à petit, les femmes en France ont gagné des droits politiques mais aussi sur leur propre corps et sur leurs finances. 

photo © Anne-Cécile Boulais

(2) Toutefois, la place des femmes dans la société actuelle reste un sujet de débat et, maintenant que les droits fondamentaux sont établis, il s’agit de repenser tout le système auquel nous sommes habitués (qu’on appelle le modèle patriarcal*) pour que les hommes et les femmes bénéficient réellement des mêmes opportunités.

(a- au quotidien, la charge mentale)

En France, une première prise de conscience* a eu lieu en 2017 quand une blogueuse a expliqué le concept de “charge mentale”. Je pense que beaucoup de femmes ont commencé à réfléchir et je vous invite à aller voir le lien en bas de l’article pour consulter la bande dessinée d’Emma. 

Mais qu’est-ce que c’est, au juste, la charge mentale?

La chercheuse québécoise Nicole Brais de l’université de Laval au Canada donne sa définition de la charge mentale. Pour elle, il s’agit du “travail constant et incontournable de gestion, d’organisation et de planification de la bonne marche de la maison et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun”. 

Concrètement, ce travail consiste à planifier les repas de la semaine, à organiser les courses au supermarché, à prévoir les inscriptions des enfants aux activités sportive et culturelles, à planifier les visites des enfants chez le docteur, le dentiste, les vacances, etc. Ces pensées demandent une vigilance permanente. Souvent, on doit rajouter à cela les tâches ménagères*, ou corvées domestiques, comme le ménage, la lessive, le repassage, la vaisselle, etc . Selon* des statistiques de 2018, 73% des femmes s’occupent majoritairement des corvées et cela les occupe en moyenne 3h26 par semaine contre 2h pour les hommes

Emma- Charge mentale
source: emmaclit.com

(b- inégalités salariales)

Par ailleurs, chaque année, des rapports soulignent les écarts de salaires entre les hommes et les femmes et la faible représentation des femmes aux plus hauts postes politiques, économiques et même artistiques. La loi sur l’égalité permet d’obtenir une différence de seulement 2.7% en faveur des hommes si on compare des emplois et niveaux d’éducation égaux. Mais, selon Eurostat, l’écart de rémunération en France entre les femmes et les hommes dans la population en général en était de 15,4 % en 2017 et l’écart est encore plus grand selon* les origines ethniques des personnes

Lorsque les familles ont un enfant, la mère est obligée de s’arrêter de travailler, évidemment. Sa carrière est donc interrompue et son salaire progresse moins vite que celui du père. Quand je suis arrivée au Canada, j’avais été surprise d’apprendre que là-bas le congé maternité est d’un an! En France, la majorité des femmes retournent travailler après seulement 2 mois mais on attend d’elles qu’elles adaptent leur emploi du temps pour s’occuper de l’enfant. Les femmes sont plus nombreuses à travailler à temps partiel*. Ça paraît logique car, lorsqu’il faut choisir qui doit travailler moins, on va plutôt choisir la personne qui a le salaire le plus faible et, en général, ce sont les femmes. Il n’y a pas les mêmes attentes pour les pères alors que certains seraient ravis de partager. On commence d’ailleurs à entendre des revendications* pour allonger le congé paternité ou mettre en place un congé parental à partager entre les 2 parents. 

(c- #Metoo, les victimes d’abus sexuels refusent de se taire plus longtemps)

Un autre changement majeur s’est produit il y a un peu plus de 2 ans, quand le mouvement #MeToo a éclaté. Il a été assez peu suivi dans les médias en France mais un autre hashtag (mot-clé selon la traduction officielle peu utilisée ou mot-dièse au Québec) a connu un grand succès sur les réseaux sociaux: le hashtag #Balancetonporc (qu’on pourrait traduire littéralement par rat out on your pig. A pig “un porc” being a disgusting person). Je vous invite à écouter la chanson d’Angèle du même nom (“Balance ton porc”) dans la playlist Spotify que je mets en lien (ci-dessous).  Ce mouvement a permis d’attirer l’attention sur le quotidien des femmes et, pour avoir vécu au Canada et en France, je trouve que cette prise de conscience était vraiment nécessaire en France. Les problèmes de harcèlement de rue que toute les filles et femmes (de moins de 35 ans en général) doivent supporter en France dans les grandes villes, je ne les ai absolument pas retrouvés au Canada. La façon assez violente dont les “porcs”, les hommes accusés de harcèlement ou d’abus sexuels, sont pointés du doigt* crée beaucoup de polémiques* et, à mon avis, peut parfois devenir contre-productive en opposant femmes et hommes. 

On voit donc que les femmes sont de plus en plus conscientes des inégalités, refusent de plus en plus de continuer selon les mêmes schémas et n’hésitent plus* à s’exprimer parfois violemment pour exiger des changements.

3- Comme on l’a encore vu avec la polémique sur le prix attribué à Roman Polanski aux Césars 2020, les défis à relever concernant la place des femmes dans la société sont encore nombreux et je vous en parlerai dans la prochaine partie.

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Des liens pour approfondir

1965, les femmes ont le droit de travailler sans le consentement de leur mari: annonce au journal télévisé.
1977: un micro-trottoir pour savoir ce que les hommes dans la rue pensent du travail féminin, de plus en plus courant, archives de la télé française publique (INA)
lepoint.fr (2017): 7 dates-clés de la contraception en France
La charge mentale: Emma (9 mai 2017) “La charge mentale” et allodocteurs. fr (26/07/2017)
Ouest-France.fr: Harcèlement de rue: déjà 86% des Françaises déjà insultées ou agressées
Les Césars 2020: le discours d’ouverture de Florence Foresti, les réactions à sa performance (soutien à Roman Polanski), la tribune de l’auteure Virginie Despentes dans le journal Libération (en opposition au palmarès)
Mon article “L’actu en français: le Grenelle des violences conjugales

Une playlist féministe

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