Mardi Himal trek: 4è jour

Comme prévu, on met le réveil à 4h, on jette un coup d’oeil dans le ciel et le nombre d’étoiles qu’on peut voir nous indique que c’est bien dégagé et qu’on devrait avoir un temps clément.

Il est 4h45, on commence à apercevoir les premières lueurs du jour à l’Est mais si on veut voir où on met les pieds, on doit s’éclairer avec les lampes frontales.

On se laisse guider par la procession de petites lumières qu’on aperçoit devant nous. Visiblement, un bon nombre de randonneurs ont été encore plus matinaux que nous mais nous ne sommes pas les derniers à nous élancer, la majorité des groupes semblant partir vers 5h. On s’en rend compte après avoir rebroussé chemin au bout de 5 minutes sur ce qu’on pensait être une mauvaise piste. Nous décidons de continuer tout droit, à l’assaut d’une pente bien raide pour monter sur la crête. Au bout de 15-20 minutes de marche on y voit assez clair pour éteindre les lampes torches. On se fait doubler par des groupes de jeunes fringants qui avancent au pas de course mais on ne se laisse pas perturber et on continue à notre rythme, lentement mais sûrement.

En fait le sentier sur lequel on s’était engagés était sans doute le bon mais dans le noir, il ne paraissait pas très clair à suivre et James, qui ouvrait la marche, a préféré reculer. Ce chemin était un peu plus long mais moins pentu que celui que nous avons pris d’après un guide à qui j’ai demandé à mi-ascension pourquoi on voyait des grappes de gens en contrebas: “There, easy way. Here is shortcut but harder!” Oh well, maintenant il est trop tard pour faire demi-tour, ça ne vaut pas le coup, et j’avoue que je me suis bien amusée sur cette partie un peu plus technique où il fallait parfois utiliser les mains pour se hisser entre deux rochers. Sans compter que la vue était magnifique.

Assez rapidement James et moi perdons de vue Monica et Peter. Je me suis dit qu’ils avaient peut-être suivi les groupes sur l’autre sentier et, dans le doute, décide de continuer mon chemin. On finira bien par se retrouver, tout le monde va au même point de vue et le sentier est fréquenté, on n’est jamais seuls bien longtemps donc il n’y a aucun danger. Niveau température, il fait froid mais pour moi ça va, je me contente d’un tee-shirt chaud à manches longues, d’un coupe-vent, de gants et d’un bonnet. J’avais mis la veste en duvet au départ mais j’ai rapidement été en sueur.

Après cette ascension, le sentier continue à onduler sur la crête entre côtes (surtout) et descentes (parfois) et on arrive (à mon avis) à un endroit idéal pour immortaliser le moment où le soleil passe au-dessus des montagnes. James a continué à monter un peu sur le sentier, il est à 10-15m devant moi, pas d’autres randonneurs en vue pour l’instant… On partage ce moment mais on a aussi assez d’espace pour se sentir seul au monde, et si petit face à ces sommets enneigés. Difficile de mettre des mots sur les émotions que je ressens à ce moment-là, c’est beau à couper le souffle. Il y a toujours quelque chose de particulier dans l’air au moment du lever et du coucher de soleil, renforcé ici par le silence de la montagne.

Peu après on tombe sur un troupeau de yaks qui semble posté là juste pour les photos. On a de la chance, on arrive juste avant un groupe d’une quinzaine de Coréens qui se mettent à la file pour poser avec les yaks.

Physiquement, on le ressent tout de suite quand on passe un nouveau palier d’altitude. Le souffle devient plus court, James dit qu’il a l’impression d’aspirer l’air à travers le trou d’une paille. De mon côté, oubliée la mauvaise nuit, je suis en forme mais je me concentre pour maintenir un rythme très lent. Doucement mais sûrement une fois encore. Par contre, c’est la bonne surprise, les muscles vont bien, pas de douleur ni de raideur particulière malgré l’enchaînement des journées de grimpette.

On voit aussi les changements d’altitude à la végétation. De nouvelles plantes apparaissent, qu’on n’avait jamais vues pendant le trek. L’herbe est encore jaune-marron d’avoir passé l’hiver sous la neige.

Puis finalement l’herbe disparaît sous une bonne couche de neige. On touche au but… On aperçoit enfin les drapeaux du 2e point de vue (depuis qu’on est arrivés sur la crête, tout le chemin était un point de vue, on ne sait pas trop à quel moment on a atteint le 1er)…

J’apprécie chaque seconde de la dernière montée dans la neige sachant que l’arrivée est proche. L’excitation monte de découvrir la vue de là-haut.

Nous sommes récompensés de nos efforts par un panorama à 360°: devant nous les majestueux mont Machhapuchhre et le Mardi Himal, à leur gauche, Hiunchuli et Anapurna Sud, de l’autre côté la vallée de Pokhara, et enfin derrière nous le chemin que nous venons d’emprunter depuis High Camp. C’est dingue, High Camp a l’air tellement proche mais on a bien souffert pendant deux heures pour faire si peu de chemin! On fait une pause photo et petit-déjeuner/snacks en attendant Peter et Monica.

Au repos, on refroidi vite donc j’enfile ma veste en duvet et c’est parfait. Nous commençons à discuter avec 2 filles que nous avions rencontrées la veille à l’un des points de vue (l’une d’elle venait de se débarrasser d’une sangsue au mollet, ça marque)… Comme nous, elles ne se connaissent que depuis 5 jours, elles se sont rencontrées à leur auberge de jeunesse et se sont rendues compte qu’elles allaient faire le même trek. Malheureusement l’une d’elle doit retourner à Pokhara le jour-même car elle a un bus ou un avion à prendre pour continuer son voyage. Sa compagne, Anouk, a envie de continuer après le point de vue. James aussi donc ils décident de continuer ensemble. J’hésite un long moment et change plusieurs fois d’avis (j’y vais, j’y vais pas, j’y vais). J’avoue que ça m’embête de continuer sans avoir pu informer Monica et Peter de notre décision et ça me fait beaucoup hésiter, d’autant plus que j’ai les crampons de Monica et qu’on a réparti la nourriture entre nos deux sacs. Mais ça fait une heure que nous sommes arrivés et ils ne nous ont toujours pas rattrapés. Il faut prendre une décision rapidement. On voit les nuages qui commencent à envahir la vallée et, si la météo est identique aux jours précédents, on sait que ça risque de tourner à l’orage à la mi-journée.

Il est seulement 8h mais le Base Camp (4500m) est à environ 2 heures de marche. En comptant les pauses et le temps de retourner au High Camp, ça fait encore 5 ou 6h de rando donc si James et Anouk veulent avoir une chance de profiter d’une bonne visibilité et éviter la pluie, ils doivent se mettre en route sans perdre de temps. Ils ne sont pas sûrs de pouvoir atteindre Base Camp mais l’objectif de James est d’atteindre 4000m d’altitude (nous sommes à environ 3950m donc il reste encore plus de 500m d’élévation pour atteinde le Base Camp, sans compter les fois où le chemin descend pour mieux remonter).

Finalement, je décide de continuer un peu, jusqu’au prochain sommet de la crête pour avoir une vue plus dégagée de la vallée et prolonger un peu la marche dans la neige (avec les crampons, ça va tout seul! Je me maudis de ne pas avoir investi dans une paire plus tôt pour les randos de printemps en Colombie-Britannique).

Alors que nous allons partir, on aperçoit Monica au loin. James l’appelle pour confirmer que c’est bien elle et elle répond. Je suis rassurée et me dis que si je continue une dizaine de minutes avant de revenir au point de vue, on devrait être presque synchros parce qu’elle a encore une bonne pente à gravir devant elle et qu’elle va sans doute passer du temps à prendre des photos comme nous l’avons fait.

Je ne regrette pas ma décision de continuer, le sentier dans la neige est magnifique, il est assez étroit mais je ne me sens pas en danger avec mes crampons. Après une montée assez courte mais raide, nous arrivons sur une sorte de palier large et à peu près plat sur quelques dizaines de mètres. Devant nous, encore une belle montée. Je choisis de m’arrêter là. L’endroit est superbe, la vue aussi, on est quasi à 4000m. On fait une dernière pause photos/vidéos avec James et Anouk puis on se sépare.

Entre leur départ et l’arrivée d’une autre touriste avec son guide quelques minutes plus tard, je reste seule sur cette étendue immaculée, entourée de montagnes gigantesques… Moment magique. Je m’imprègne de la vue et de l’air de la montagne. Ça restera à n’en pas douter un des moments les plus marquants de ma vie.

Je m’arrache à ce spectacle, il est temps de redescendre retrouver mes camarades au point de vue. Je suis encore seule pendant un bout de chemin, je redouble d’attention pour choisir où poser les pieds dans les passages pentus mais je ne me sens pas en danger grâce aux crampons. Quelques centaines de mètres avant le point de vue, je vois Monica assise sur un rocher au bord du chemin. On tombe dans les bras l’une de l’autre, émues par le spectacle qui s’offre à nous et ce que nous avons accompli.

Elle aussi a continué un peu mais a préféré s’arrêter là car c’est moi qui avait ses crampons. Je me sens un peu gênée de l’avoir empêchée d’aller plus loin mais elle me rassure, elle est satisfaite d’être arrivée jusque là, plus loin même que son objectif, elle qui a décidé de faire le trek seulement quelques jours avant notre départ.

Elle m’apprend que Peter a décidé de rebrousser chemin avant le point de vue car il avait de plus en plus de mal à reprendre son souffle et son rythme cardiaque était élevé. On partage quelques snacks et papotant gaiement et en profitant de l’instant.

La casquette c’est parce que j’avais oublié les lunettes de soleil sur le lit en faisant mon sac dans le noir le matin…

Lorsqu’on rechausse les crampons pour prendre le chemin du retour, on s’aperçoit que les nuages ont progressé et arrivent désormais sur la montagne où nous sommes. C’est le bon moment pour repartir.

Au revoir Anapurna.

Il n’y a qu’un seul chemin donc nous refaisons à l’envers le parcours du matin, éclairé d’une lumière différente et même carrément dans les nuages par moments. Il n’y a pas foule sur le sentier. La majorité des randonneurs s’arrêtant au point de vue, ils sont probablement déjà rentrés au camp, voire partis pour un autre camp à une altitude moins élevée pour y passer la nuit.

Cette fois, nous nous trouvons pas loin derrière un groupe avec un guide au moment de la bifurcation entre le raccourci abrupt que nous avons pris le matin et le chemin plus facile. Sans hésiter, on choisit la facilité cette fois. Le chemin n’étais vraiment pas évident à distinguer dans la végétation, on a eu de la chance.

Nous sommes partis depuis 4h du matin, il est maintenant environ 10h et, comme à mon habitude sur le chemin du retour, je commence un peu à trouver le temps long et n’ai qu’une hâte: arriver au camp. Alors qu’il nous reste moins d’un kilomètre à parcourir, nous apercevons Peter au loin qui nous attendait pour immortaliser notre arrivée, sympa (je n’ai pas encore récupéré la vidéo).

On reste là un moment à discuter et, à notre grande surprise, James et Anouk arrivent moins d’une demie heure après nous. Finalement, ils ont décidé de s’arrêter à 4000m d’altitude mais ils n’ont pas voulu aller jusqu’au Base Camp, trop loin, trop de dénivelé, trop fatigués, Anouk n’avait pas de crampons, les nuages qui s’amoncelaient… tout un tas de bonnes raisons! Ils sont satisfaits de leur performance aussi, c’est tout ce qui compte!

La “maison” et la crête d’où on vient.

Il est encore tôt mais on en a plein les pattes et on sent que l’orage monte donc on décide de passer la nuit à High Camp chez notre nouvel ami Suk. Comme il y a un lit inoccupé dans la chambre, on propose à Anouk de nous rejoindre et on descendra tous ensemble le lendemain. Vraiment sympa et pas compliquée, on est ravis de notre nouvelle “recrue”. Coïncidence incroyable, on s’aperçoit au fil de la discussion qu’on a fréquenté le même homestay à Munroe Island dans le Kerala (moi en novembre, elle en mars). On a toutes les deux parcouru un sacré chemin depuis sud de l’Inde avant de se trouver au (presque) sommet d’une montagne du Népal… Le monde est petit!

En arrivant à la teahouse, Suk nous apprend que les chambres que nous occupons ont été réservées (nous n’étions pas sûrs de rester une nuit supplémentaire) mais heureusement il en a une autre disponible avec 7 lits. Nous sommes 5, c’est parfait, on prend! Ni une, ni deux, on transfère nos affaires dans nos nouveaux quartiers, on se change et on va se commander à déjeuner. On a hâte de goûter les autres spécialités de sa cuisine et de se réchauffer au coin du feu.

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Nous sommes tous fatigués mais heureux en pensant à ce que nous venons de réaliser et l’ambiance est détendue. Après être rentré au camp, Peter avait suspendu ses chaussettes au-dessus du poêle pour qu’elles sèchent mais, alors qu’il s’apprête maintenant à les récupérer, il réalise qu’il en manque une. Il se met à retourner toute la salle commune pour la trouver, allant même jusqu’à aller voir dans la marmite d’eau qui chauffait sur le feu, pensant qu’elle était peut-être tombée dedans. Après une bonne demi-heures de recherches infructueuses et alors qu’il allait abandonner, résigné à l’idée d’avoir perdu sa chaussette, Peter se rend finalement compte qu’il avait déjà retiré la chaussette du fil et qu’il la porte autour du cou! Il avoue son étourderie et, beau joueur, accepte toutes les vannes dont il va être victime, à commencer per celles de Suk qui n’en finit pas de rire. Il charrie Peter en lui promettant de lui préparer une soupe à la chaussette (sock soup) pour le dîner.

Réglé comme une horloge, l’orage éclate sur les coups de 13 ou 14h comme d’habitude et on admire le spectacle bien au chaud sous des couvertures dans la teahouse. Le bruit de la grêle sur le toit en tôle est assourdissant et on est impressionnés de voir le manteau blanc qui recouvre rapidement le sol et le toit.

Nos “amis” les Russes étaient de la partie aussi aujourd’hui. Je ne les ai pas croisés mais James nous a raconté qu’Anouk et lui avaient rencontré Monsieur alors qu’ils étaient en train de resdecendre vers le point de vue. Il était visiblement lancé à l’assaut du Base Camp mais Madame était restée derrière bien sûr. Monsieur a donc chargé James d’expliquer à sa femme qu’il était parti devant et je ne sais quoi d’autre (qu’elle l’attende ou qu’elle retourne à High Camp j’imagine). James était choqué mais n’a pas osé lui rentrer dans le lard donc il s’est acquitté de sa mission par égards pour Madame. Quelques jours plus tard, je les croiserai dans les rues de Pokhara, ils sont donc revenus sans encombre.

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