Mardi Himal trek: 3è journée

On se réveille encore aux aurores après une bonne nuit de sommeil réparatrice. La température extérieure était encore bien fraîche pendant la nuit mais nous étions bien au chaud sous les couvertures!

Petit plaisir dont on ne se lasse pas: assister au lever du soleil

A peine les yeux ouverts, je jette un coup d’oeil dehors et constate qu’on ne nous avait pas menti : la vue est splendide.

Malgré la condensation sur la vitre de la chambre, on devine une vue à couper le souffle.

Le mont Machhapuchhre dépasse au-dessus de la forêt de rhododendrons qui s’étale devant nos yeux. Au premier plan, les porteurs prennent leur petit-déjeuner et se préparent à lever le camp. Illico, j’enfile des vêtements chauds et attrappe mon appareil photo pour capturer le lever de soleil au-dessus de la montagne. Une photo peine à rendre la majesté de cet instant à couper le souffle mais ça fait des souvenirs et me permet de les partager avec vous.

Depuis le Kerala, je me suis plus ou moins fixé une règle d’or: je ne dégaine mon Sony Nex-7 que lorsque les conditions de lumière sont favorables (ou que j’ai besoin d’un plus grand angle ou zoom que ce que permet l’appareil de mon Samsung qui fait également de belles photos) et ça me permet de ne pas (trop) engorger inutilement ma carte mémoire. Par contre je manque de temps pour affiner les retouches et le développement automatique en jpeg de mon appareil n’est pas toujours optimal.

Direction High Camp à travers les rhododendrons

Aujourd’hui nous nous accordons encore un début de journée tranquille. Nous n’avons pas énormément de distance à parcourir et, une fois que nous aurons atteint la crête, le sentier alternera entre montées et descentes donc ce sera moins éprouvant que les jours précédents même si notre point d’arrivée (High Camp, 3580m) se trouve à une altitude de presque 600m de plus que le point de départ (Low Camp, 2990m). Nous nous sommes enquillés presque 900m de gain la veille, autant dire que ça ne nous fait pas peur, même si le risque de mal des montagnes est toujours présent et peut changer la donne!

Nous prenons la route vers 8h40 (encore une fois les derniers à partir ou presque) et nous enfonçons aussitôt dans une épaisse forêt de rhododendrons. Roses, rouges et quelques blancs, il y en a partout, on ne sait pas où donner de la tête, c’est tout simplement magnifique. La pente est assez raide donc nous avançons doucement et avons le temps d’admirer le paysage.

Les sacs n’attendent plus que les porteurs…

Les efforts paient

Petit à petit on sent qu’on approche de l’arête de la crête et on commence à voir de mieux en mieux le ciel au-delà des arbres. Lorsqu’on sort finalement de la forêt c’est un festival de vues qui s’offre à nos yeux.

Il est encore assez tôt donc les nuages n’ont pas encore envahi la vallée et on s’accorde plusieurs pauses-photos.

Le sentier est vallonné et la vue est dégagée, la randonnée est agréable. On continue un moment en bordure de forêt et la neige fait son apparition par endroits. On continue à monter progressivement et soudain le paysage change. Nous avons franchi un palier et laissons les rhododendrons derrière nous.

La zone alpine

Nous entrons dans la zone alpine et le paysage prend une couleur majoritairement brun-jaune. Les arbres laissent place à de longues herbes qui se balancent au gré du vent, à de la bruyère et des petits buissons et de la roche grise/noire. Les pentes se font plus dramatiques et laisser le regard vagabonder dans le vide a de quoi donner le vertige (la bande noire entre les 2 rochers sous la crête c’est le sentier). C’est cliché mais on se sent tout petit…

Alors que nous entamons une montée, un Népalais jovial, engage la conversation avec nous. Le gars, Suk, nous explique qu’il a une teahouse à High Camp et qu’il y retourne après être allé dans la vallée pour régler quelques affaires. Il nous glisse le nom de son établissement mais ne nous fait pas l’article pour nous convaincre d’y passer la nuit. Il ralentit son rythme pour faire un bout de chemin avec nous et commence à sympathiser avec Peter. Il lui propose d’échanger leurs sacs à dos pour alléger la charge du doyen du groupe (qui paraît plus que ses 57 ans) pour les derniers kilomètres. A posteriori on se dit que c’est une bonne tactique pour “attirer” les gens dans sa teahouse mais c’est fait avec tellement de gentillesse que ça passe bien et, à cette altitude, chaque kilo en moins sur le dos facilite grandement la vie donc Peter ne discute pas longtemps.

Comme tous les jours depuis le début du trek, le temps se couvre à la mi-journée et nous continuons à moitié dans les nuages. On croise un troupeau de yaks qui semblent être là pour la photo-carte postale. Il faut savoir que les yaks ne sont pas des animaux “sauvages” dans le sens où ils font partie d’un élevage, après je n’irai pas les embêter trop près même s’ils sont assez placides.

On se fait dépasser par un grand nombre de porteurs qui vont ravitailler les teahouses de High Camp, et même une colonne d’ânes transportant de gros sacs et des bonbonnes de gaz.

Toute personne ayant fait un trek au Népal vous parle des sherpas et des porteurs donc on sait à quoi s’attendre: des gars en tongs ou baskets chargés de gros paniers ou des sacs des touristes (2 gros sacs et éventuellement 1 ou 2 petits en plus par porteur) pesant entre 20 et 30kg qui cavalent, le pied sûr dans les montées comme dans les descentes, alors que vous luttez pour aspirer assez d’air dans vos poumons et mettre un pied devant l’autre… Eh bien on a beau s’y attendre, c’est toujours impressionant et surréaliste de voir ce qu’ils accomplissent, sachant qu’en plus ils ne portent leur charge qu’à la force des muscles de leur cou (et leur dos qui sert de support). Alors que nos sacs à dos d’Occidentaux sont étudiés pour que tout le poids repose sur les hanches, pour eux le système est différent: une grosse lanière lâche entoure leur chargement et ils se la bloquent sur le front pour caler la panier ou les sacs sur leur dos. Ils doivent avoir quelques vertèbres tassées… (pour en savoir un peu plus)

En chemin, nous voyons sur un promontoir un panneau avec le nom de la teahouse de Suk (Double View Guesthouse). Le sentier vers High Camp continue tout droit, à peu près plat, tandis que la bifurcation qui mène à la guesthouse grimpe rude donc on décide d’aller à High Camp d’abord, de déjeuner puis d’aller chercher le sac de Peter après.

La montée ver Double View Guesthouse sur la gauche.

La journée était relativement courte mais nous sommes impatients d’arriver, surtout que nous sentons que la pluie se rapproche. Cette fois, notre timing n’est pas trop mauvais, l’orage éclate quelques minutes seulement avant que nous n’arrivions à High Camp. Par contre, nous sommes les derniers et après avoir fait le tour de toutes les teahouses, on se rend compte qu’elles sont complètes, même les tentes… Petit moment de panique et d’hésitation. Un couple que nous avec qui nous avons discuté plusieurs fois au cours des derniers jours arrive à peu près en même temps que nous à la dernière teahouse et on apprend qu’il reste une chambre avec 5 lits (nous sommes 6…). Une autre teahouse a proposé au couple de dormir dans la salle commune donc techniquement, ça pourrait marcher mais personne n’est emballé (surtout après avoir vu l’état des toilettes)…

On décide alors d’aller voir s’il y a de la place à Double View Guesthouse. Dans notre esprit, c’est à un bon 10-15 minutes de marche si l’on se fie au panneau qu’on a vu sur le bord du chemin. Si c’est plein là-bas aussi, on ne veut pas perdre nos places dans la chambre commune donc Monica et moi restons au camp pendant que les garçons vont chercher le sac de Peter et visiter la guesthouse.

Nous les voyons revenir peu après, enthousiastes. La guesthouse est en fait à peine à 5 minutes de marche et a l’air confortable. En plus, on sait déjà que le patron est sympa. Ni une ni deux, nous informons le couple que nous leur laissons la chambre et reprenons nos sacs en direction de Double View.

Il y a plusieurs options pour arriver à High Camp et pas mal de teahouses sur le chemin donc jusqu’ici nous n’avions jamais eu de problème pour nous loger mais la situation ici est différente. C’est le dernier endroit où il est possible de dormir sur ce trek. Tous ceux qui veulent continuer vers Mardi Himal Base Camp sont ensuite obligés de revenir dormir à High Camp ou une des teahouses précédentes et ça crée un engorgement à la saison haute (fin mars-avril et à l’automne), ce que nous ignorions. Ce trek est récent mais de plus en plus populaire.

Avec tout ça, il est déjà 15h passées lorsque nous pouvons finalement nous rafraîchir (comme on peut, il n’y a pas d’eau courante ni d’endroit pour prendre une douche et de toute façon il fait trop froid) et enfiler des vêtements propres (et chauds) avant de nous retrouver dans la salle commune pour un déjeuner tardif (un méga plat de pâtes pour moi).

Nous enchaînons quelques parties de cartes au coin du feu en regardant l’orage éclater dehors et planifions la journée du lendemain. On nous annonce 2 heures de marche jusqu’au point de vue où la majorité des gens s’arrêtent (donc on a compris que ce sera minimum 4h en comptant les pauses) et 6 heures si on veut continuer jusqu’au Base Camp (4500m). James est le seul à être tenté de continuer jusqu’au point final, nous, on est déjà contents d’être arrivés jusqu’ici et notre objectif c’est d’atteindre au moins le deuxième point de vue, à presque 4000m d’altitude.

Dans le plan initial, il était prévu de redescendre jusqu’à une teahouse à plus faible altitude mais on envisage la possibilité de passer une deuxième nuit à High Camp pour ne pas se mettre de pression pendant la randonnée, d’autant plus que la chambre est plutôt confortable et la cuisine est très bonne. Pour le dîner, Peter a eu droit à une pizza extraordinaire avec une sauce tomate faite maison et une bonne dose de fromage, on ne s’attendait pas à ça à cette altitude où la cuisine est rudimentaire!

On décide d’aviser le lendemain en fonction de notre état de forme et de la distance parcourue la matin. Le départ est prévu à 4h45 pour assister au lever du soleil depuis l’un des points de vue (en fait on s’apercevra vite que presque tout le chemin au-delà de High Camp est un point de vue!).

Nous sommes maintenant à 3550m d’altitude et même au repos on sent bien que l’oxygène est plus rare. On se teste régulièrement avec le “jouet” de Peter. A part Monica qui dépasse allègrement les 92-93% d’oxygène dans le sang, on est tous tombés en dessous de 90% (le taux normal devrait être entre 95 et 100%) donc on s’efforce de respirer profondément mais je suis encore un peu gênée comme avant d’arriver au camp la veille. Heureusement ce n’est pas le mal des montagnes mais j’ai l’impression que mon système digestif est sensible à la privation d’oxygène et j’ai un petit mal de crâne latent (les conditions météo chaud-froid-pluie/grêle-vent n’aident pas ainsi que la sécheresse de l’air qui affecte plus particulièrement les porteurs de lentille comme moi). Je ne suis pas malade mais pas au mieux de ma forme on va dire.

Un peu inquiète quand même à l’idée de manquer d’air, je n’ose pas m’emmitoufler dans mon sac de couchage comme les nuits précédentes où rien ne dépassait (j’avais recouvert la capuche du sac-momie de mon foulard pour bloquer les courants d’air) et j’ai un peu froid. C’est un comportement un peu stupide mais tu entends tellement de choses sur le mal des montagnes que tu ne peux t’empêcher de flipper un peu au moindre mal de crâne. Je me réveille à peu près toutes les heures et attend avec impatience la sonnerie du réveil.

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