Mardi Himal trek: 2è journée

La nuit fut fraîche (pas de chauffage dans les chambres et beaucoup d’humidité) mais emitouflés dans nos duvets et sous les couvertures fournies, nous avons bien dormi.

Nous nous réveillons aux aurores pour admirer la vue splendide au lever du soleil. Et ce n’est que le premier jour, nous sommes encore à bonne distance des sommets que nous voyons au loin!

Anapurna sud
Anapurna sud
Pitam Deurali
Pitam Deurali (2100m)

La teahouse est équipée d’une douche alimentée en eau chaude par des panneaux solaires, on ne s’attendais à autant de confort! Je n’ai pas la patience d’attendre que les autres aient fini alors je me douche à l’eau froide dans la salle de bain de notre chambre, ça endurci!

Nous voulions quitter le camp assez tôt, au plus tard 8h car une longue journée de marche nous attend (on nous annonce environ 7h) mais il y a eu une incompréhension avec la cuisine et notre petit-déjeuner arrive plus tard que prévu. Au final nous sommes presque les derniers à partir peu après 8h30.

Matinée pluvieuse, matinée heureuse? Pas vraiment.

Sans nous laisser le temps de nous échauffer, le sentier monte sec dès la sortie de Pitam Deurali. D’un petit temple sur le bord de la crête on aperçoit la vallée en contrebas, au pied de l’Anapurna Sud.

vallée dans les Anapurnas

On commence à voir les magnifiques rhododendrons dont on nous a parlé: des arbres imposants aux fleurs roses ou rouges qui apportent des touches de couleur au milieu des nuances de vert de la forêt. Nous avons passé la barre des 2100m et plus nous allons monter plus nous en verrons. Ici et là se dressent des rhodendrons isolés aux fleurs blanches majestueuses.

rhododendron rouge
les premiers rhododendrons rouges
contraste blanc sur fond de verts

Nous nous accordons une petite pause thé dans une cabane au milieu des bois (la seule entre Pitam Deurali et Forest Camp).

La pluie se met à tomber peu après, d’abord fine puis plus intense pour finalement se transformer en grêle! Comme mon vêtement de pluie n’a pas de capuche et que j’avais plus d’une fois été surprise pendant mes promenades à Pokhara par un orage digne de la mousson, j’avais décidé d’emporter un parapluie. Lorsque la pluie a commencé à s’intensifier, je me le suis calé dans le dos (entre les omoplates et le sac à dos) et ma foi c’était plutôt pas mal! J’avais un champs de vision assez réduit mais j’étais à peu près au sec.

A un moment, Monica s’est mise à l’abri sous un arbre pour laisser passer l’averse de grêle. Les garçons préfèrent continuer mais je ne veux pas la laisser seule (même s’il y avait un autre petit groupe de randonneurs à proximité, on ne les connaissait pas et la forêt était vraiment isolée) donc je rebrousse chemin pour attendre avec elle.

Alors que nous avions repris notre chemin depuis à peine 3 minutes, la grêle est revenue de plus belle, des billes de 2 bons centimètres de diamètre cette fois, nous forçant à nous arrêter en urgence dans un endroit moins abrité où nous avons un peu pris l’eau (mes chaussures ont un trou). Nous nous rendrons compte par la suite que Forest Camp était à moins de 10 minutes de marche et que les garçons ont réussi à l’atteindre avant la grosse averse… Si nous étions partis à l’heure prévue le matin, et ensuite si nous avions continué notre chemin, nous aurions évité l’averse mais on ne pouvait pas savoir.

près de Forest Camp

Heureusement la salle commune de la teahouse est chauffée par un poêle à bois et nous pouvons laisser nos vêtements et chaussures sécher pendant que nous mangeons et nous réchauffons. La matinée a été éprouvante à cause de l’altitude et des conditions météo mais nous ne pouvons pas prolonger la pause éternellement car il nous reste plusieurs heures de marche avant d’atteindre Low Camp où nous avons prévu de dormir.

Nous évoquons la possibilité de rester à Forest Camp (2550m) pour la nuit mais ça aurait rallongé la distance à parcourir le lendemain. Or, plus nous avançons dans le trek, plus nous montons en altitude et plus les efforts deviennent difficiles donc, d’un commun accord, nous décidons de continuer comme prévu pour profiter de deux dernières journées plus “tranquilles”, d’autant plus que la veille nous avons eu beaucoup de temps pour nous reposer.

Nous repartons vers 15h, ce qui nous laisse environ 3h30 avant la nuit. On nous annonce environ 2h30 de marche (450m de gain en altitude, je ne sais pas combien de kilomètres), c’est jouable.

Heureusement pour nous, la météo va se montrer plus favorables dans l’après-midi. Le temps est toujours couvert mais il ne pleut plus. A certains moments nous marchons littéralement sur un tapis de fleurs que les éléments ont précipitées au sol, c’est magnifique et donne un côté romantique à la forêt pluvieuse.

L’étrange couple russe

Depuis le début de la journée je me sens en forme et je suis bien reposée après la pause déjeuner et c’est alors que je fais une erreur par excès de confiance… Au lieu de repartir doucement comme je le fais d’habitude, je marche à un rythme un peu plus élevé que mon rythme normal. Ca serait sans doute passé aux altitudes où je randonne habituellement en Colombie-Britannique (800-2000m) mais là on est pour moi en territoire inconnu. Il faut dire que c’est une raison assez surréaliste qui m’a poussée à accélérer. Depuis la veille au soir nous croisons régulièrement un couple (russe?) qui fait le même parcours que nous. Nous ne leur avons pas parlé mais nous les connaissons de vue. Après le déjeuner, nous rattrapons rapidement la femme qui a l’air de peiner et d’être au bord de l’épuisement, elle a les jambes qui tremblent. Son compagnon cavale plusieurs dizaines de mètres en avant. A un moment, elle essaie de l’appeler d’une voix faible mais il n’a pas l’air de l’entendre et poursuit d’un bon train. Peter essaie aussi d’attirer son attention mais rien n’y fait. Elle est un peu plus lente que nous et perds rapidement du terrain. Presque imperceptiblement Peter accélère pour tenter de rattraper l’homme et comme je suis dans son sillage, je suis son rythme. Comme je disais, je suis en forme et je n’éprouve à ce moment-là pas de difficultés particulières. Monica et James sont un peu en arrière et on voit encore la femme à faible distance, tout va bien.

D’un coup la pente s’accentue et Peter et moi nous apercevons alors que nous allons bien trop vite et que nous devons ralentir si on ne veut pas voir notre coeur exploser! Le Russe ne semble pas se soucier de ce qui se passe derrière lui donc nous décidons de garder un oeil sur la femme aussi longtemps que possible pour ne pas la laisser seule dans la forêt. Si ça peut lui apporter un peu de soutien moral et un point en ligne de mire pour continuer à avancer, c’est toujours ça. Nous sommes tous choqués par le comportement de l’homme. Mais l’heure tourne et nous devons aussi nous préoccuper de notre propre sécurité et continuer à avancer pour arriver avant la nuit donc nous ne pouvons pas l’attendre éternellement. Finalement, au bout d’un moment, nous apercevons deux silhouettes au loin derrière nous, on en conclut que Monsieur a finalement fait demi-tour (mais on ne l’a pas croisé…) ou attendu sa compagne quelque part. Nous pouvons continuer la conscience tranquille. Malheureusement, pas pour longtemps avant que je ne m’inquiète de mon propre état de santé…

Une fin de parcours difficile

Peu après avoir croisé un paysage étrange (de la laine de chèvre?), je commence à me sentir à bout de souffle. Nous devons être aux alentours de 2800m et, depuis un moment, je sens monter un petit mal de tête et commence à voir quelques “étoiles”. Je m’hydrate beaucoup et marche lentement mais ça ne passe pas. Je m’inquiète et me dit qu’il s’agit peut-être des prémices du mal des montagnes, même si nous ne sommes pas encore très haut. Ma vision commence un peu à se brouiller, je rebrousse chemin jusqu’à une souche quelques dizaines de mètres plus bas et préviens les autres que je dois faire une pause. On n’a plus beaucoup de temps avant la nuit et il reste encore un peu de chemin à parcourir alors je m’inquiète et examine mes options si jamais je suis victime du mal des montagnes. Il y a peut-être 45 minutes de marche pour descendre au dernier camp que nous avons passé, faisable mais quelqu’un devrait se dévouer pour m’accompagner…

Je me force à ne pas paniquer et à prendre de grandes respirations. Je demande à Monica un bout de gingembre pour grignoter (il paraît que ça aide contre le mal des montagnes et j’adore le goût). Au bout de quelques minutes, je sens que le malaise passe et me rends compte que la source du problème vient plutôt de mon système digestif que du mal des montagnes. Le dal bhat que j’ai avalé au lunch était assez lourd à digérer (et encore je n’ai même pas fini le riz!) et nous n’avons pas pu prendre le temps de digérer avant de reprendre la route d’un bon pas. Comme l’oxygène se fait de plus en plus rare et qu’une majeure partie était utilisée par mes muscles pour porter le sac et grimper les côtes, je pense que mon système digestif a été lésé et se rappelait ainsi à mon bon souvenir pour avoir un peu d’attention. J’ai rassuré mes coéquipiers et nous sommes repartis.

Je me force à avancer très lentement, j’ai l’impression de voir un film au ralenti mais au moins je me sens mieux et n’ai pas besoin de faire de pauses. Peter me dit que ce rythme lui convient très bien et il calque ses pas sur les miens. Un petit coup d’oeil au GPS nous a remis du baume au coeur quand nous avons vu qu’il restait quelque chose comme 1 kilomètre. Peu après nous avons commencé à entendre des voix et à croiser des Népalais qui coupaient du bois et ils nous ont confirmé que nous touchions au but.

La joie d’être arrivée!

Il était un peu plus de 17h30, mission accomplie, nous étions arrivés à Low Camp (2990m) avant la nuit! Comme la veille, nous choisissons la guesthouse la plus récente. Monica et moi faisons quelques étirements dans notre chambre pour relaxer nos muscles et décidons de payer le supplément pour pouvoir prendre une douche chaude (je m’étais contentée d’une douche froide la veille mais la température extérieure baisse quand l’altitude augmente). Derniers arrivés, nous sommes quasiment les seuls Occidentaux dans la teahouse pour dîner, les autres étant déjà dans leur chambre à se reposer, La salle commune est confortable, chauffée par un feu de cheminée, et nous passons une bonne soirée à jouer aux cartes et discuter avec les guides et porteurs qui coucheront dans cette même salle une fois tous les touristes partis.

C’est ce jour-là que nous avons compris que, dans notre cas, les temps de marche annoncés par les guides correspondent en fait au temps effectif de marche, mais qu’il faut rajouter tous les temps de pauses (déjeuner, snacks, photos, reprendre son souffle…) pour obtenir le temps que nous allons mettre pour arriver à destination! Ce qui signifie que pour une journée où on t’annonce 6h-7h de marche, il faut en réalité prévoir un bon 8-9h de trajet… C’est pas la même chose… Au Canada et aux Etats-Unis en général c’est plutôt l’inverse.

Ce jour-là j’ai aussi pris conscience à quel point les séances de yoga et de méditation que j’ai faites à Vancouver depuis 9 ans m’ont aidée à connaître mon corps, à écouter mes sensations et à utiliser ma respiration dans l’effort ou en cas de stress. Je suis aussi reconnaissante à tous les amis qui m’ont accompagnée sur les chemins et permis de découvrir la rando en montagne.

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