Mes week-ends à Cochin (Ernakulam)

J’ai passé 2 week-ends à Cochin pendant la formation alors j’ai essayé de m’occuper comme j’ai pu entre les leçons que je donnais sur Skype et mes “devoirs”.

J’en ai profité pour aller voir un film. J’aurais pu aller voir un film hollywoodien ou bollywoodien ou le blockbuster sensation du moment “2.0” (un film de science fiction Indien au scénario douteux) mais comme on est au Kerala, j’ai plutôt choisi d’aller voir une production locale dont on m’avait parlée, “Kayamkulam Kochunni” (Kochunni c’est le nom du héros, Kayamkulam la ville dont il vient). Pas de sous-titres et le film est en malaylam donc je me prépare en lisant la fiche Wikipedia et tous les résumés que je peux trouver histoire au moins de savoir de quoi ça va parler.

Ma camarade de classe m’avait dit que c’était l’histoire d’une sorte de Robin des Bois malayli qui a vraiment existé au Moyen-Age (bon, évidemment ils ont pris quelques libertés avec la vraie histoire pour en faire un film). Au moins, le côté Robin des Bois c’est familier donc je devrais m’en sortir et ça permettra d’en apprendre plus sur la culture du Kerala et de l’Inde. D’après les infos que j’ai pu trouver, les films keralais sont en général très différents des films bollywoodiens (encore une chose dont ils sont fiers). Les scénarios sont un peu mieux ficelés et la scénographie travaillée. Par contre, ça perd un peu du côté kitsch caractéristique de Bollywood et la foule ne se comporte pas de la même façon (enfin ça c’est peut-être les bonnes manières kéralaises) donc je n’ai pas eu droit à l’expérience typique du cinéma en Inde mais j’ai apprécié le film même si je n’ai rien compris aux dialogues.

La plupart du temps grâce au contexte et aux images je comprenais les intentions et le sens global et j’inventais les dialogues dans ma tête. Comme c’était pendant la colonisation, il y avait aussi quelques scènes en anglais avec les colons Britanniques (ils en ont un peu pris pour leur grade au passage). Après le film, j’ai recherché d’autres articles qui revenaient plus en détail sur le film et ça m’a aidé à éclaircir certains points a posteriori.

Comme dans Bollywood, on a bien sûr eu droit à quelques chansons à rallonge.

Après les pubs et avant la projection, nous avons dû nous lever le temps de la diffusion de l’hymne national. Et en terme de loi Evin ils sont allés encore plus loin avec un gros avertissement qui dit en substance que “boire c’est mal” (c’est ce que j’ai déduit du pictogramme avec une bouteille de vin barrée qui apparaît en bas de l’écran dès qu’on aperçoit ne serait-ce que l’ombre d’une bouteille ou d’un verre d’alcool à l’écran). Il faut dire qu’a priori c’est nécessaire car l’état (et le pays en général) connaît de gros problème d’alcoolisme. Une bonne proportion de la population ne boit pas mais ceux qui boivent le font de façon très excessive, entraînant de nombreux problèmes liés à l’alcoolisme.

J’ai pris la photo entre 2 séances alors il n’y avait pas foule mais sinon il y a du monde.

Le multiplex où je suis allée voir le film est située dans le plus grand centre commercial de la région, le réputé Lulu Mall. En effet, c’est grand! A l’intérieur bon ben, c’est un centre commercial comme on peut en voir en Amérique de Nord et partout où la “modernisation” et le “progrès” sont arrivés. En gros, quand vous êtes là-dedans, New-York, Cochin, Singapour, Berlin ou Abu Dhabi c’est pareil… On assiste malheureusement à une standardisation du monde où la majorité des gens qui accèdent à la classe moyenne ou supérieure n’ont qu’une idée en tête: consommer, si possible les mêmes choses qu’ils voient dans les films et séries hollywoodiens, et faire étalage de leur statut social. A l’exception de quelques boutiques de saris haut de gamme qui font bien comprendre qu’on est en Inde, on retrouve toutes les marques mondiales (Gap, Nike, Levi’s, Apple, etc) et n’allez pas croire qu’avec le taux de change vous allez faire des affaires, c’est au moins aussi cher que dans votre pays d’origine. Alors bien sûr, en Inde tout le monde ne peut pas s’offrir ces vêtements et appareils technologiques dernier cri (sauf les téléphones, ils cassent plus facilement la tirelire pour ça si ça permet de faire des bons selfies!), encore une façon pour l’élite économique de se démarquer du reste de la population.

Niveau achalandage, on trouve dans ces malls un mélange de personnes aisées financièrement qui font leur shopping dans les boutiques, et de personnes plus modestes qui viennent se promener dans le centre commercial, manger dans le “food court” (la cafétéria) et profiter des attractions (un défilé de mode quand j’y étais) sans acheter. Au final, c’est la même chose qu’en Occident.

En Inde, les centres commerciaux comme celui-là et même les plus petits ont connu un essor aussi pour une raison un peu moins “glorieuse” que le seul accès à une meilleur situation financière. Certaines personnes issues des castes supérieures ont rapidement privilégié ces centres d’achat par rapport aux marchés locaux et aux boutiques dans les rues traditionnelles car ainsi elles pouvaient éviter de se mélanger aux castes inférieures qui n’ont pas les moyens de faire les courses dans ces complexes. “Les manants, moins je les cotoie mieux je me porte” en quelque sorte.

J’avoue que j’ai fait ma privilégiée aussi en prenant un Uber pour aller et revenir plutôt que le bus. Cochin/Ernakulam est assez étendu et la circulation très très dense donc ça ne me tentait pas de tâtonner pour trouver quel bus prendre et d’y passer peut-être 45 minutes… Il y a bien un ligne de métro mais elle en est encore à ses balbutiements et ne va pas jusqu’au quartier où j’habitais. Les travaux pour la prolonger sont en cours mais c’est loin d’être fini!

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