TEFL/TESOL Certificate avec Asian College of Teachers à Cochin

Au-delà du tourisme et de la découverte du Kerala, je suis avant tout ici pour étudier pendant 3 semaines dans le but d’obtenir un certificat de professeur d’anglais seconde langue.

Après presque 2 semaines de tourisme, il est désormais temps de retourner à l’école. Pendant ces 3 semaines je loge dans un appartement que je partage avec la formatrice. L’école a un partenariat avec l’établissement et je n’ai pas pris la peine de chercher autre chose. Ce n’est peut-être pas le plus économique mais c’est à seulement 10 minutes à pied de l’école et j’ai ma chambre et ma salle de bain. C’est moins cher que les homestays que j’avais trouvés sur Internet donc je ne m’étais pas posée de questions. Mes camarades de classe qui ne sont pas de Cochin logent dans des “ladies’ hostels” (ou men’s hostels), beaucoup plus économique (et la nourriture est fournie) mais ce sont des dortoirs et la qualité est variable donc c’était un peu risqué de réserver à distance de toutes façons.

Shawn Villa Kochi

Au moins à l’appartement je suis tranquille pour travailler et pour faire mes sessions de cours de français avec mes élèves sur Skype. Je suis obligée de m’installer dans l’entrée de l’appartement car le wifi n’est pas assez puissant (un problème récurrent en Inde, avec les coupures de courant) mais ça passe.

Petit moment “amusant” après avoir été présentée à ma colocataire (je ne savais pas encore que c’était elle la formatrice), elle me dit de m’asseoir d’un air grave, j’ai peur qu’il y ait un souci… En fait elle était juste inquiète que je me sois inscrite au programme en pensant que c’était des cours d’anglais 😀 Je lui confirme que je sais bien dans quoi je m’embarque. Au final, j’étais dans ceux qui avaient le meilleur niveau d’anglais, elle a vite été rassurée…

Lors du premier jour de classe je découvre que nous sommes 11 étudiants, dont les âges s’étalent entre 21 ans et 56 ans. A part moi et une autre fille qui vient du Rajasthan, tout le monde vient du Kerala. La formatrice est née aux Etats-Unis mais sa famille est originaire du Bengale (Calcutta, au nord-est du pays) et elle vit en Inde depuis 4 ans donc elle est quand même familière avec la culture, mais plus celle du nord du pays que du sud. Elle est déjà venue en touriste mais c’est la première fois qu’elle enseigne une classe de TEFL à Cochin.

Les profils sont variés, certains passent le diplôme pour valider leur expérience (ils ont donc déjà une expérience dans l’enseignement mais pas nécessairement avec les méthodes que nous verront en classe), d’autres pour trouver un emploi à l’étranger dans l’immédiat ou à l’avenir et certains pour une reconversion. Il y a un joyeux mélange de catholiques, musulmans et hindous et des parcours divers aussi.

Asian College of Teachers Kochi - promo Décembre 2018
Asian College of Teachers Kochi – promo Décembre 2018

Au programme des 3 semaines: un peu de théorie, pas mal d’activités pour donner des idées de choses à faire en classe quand nous serons en charge et des leçons à préparer. Nous avons 4 leçons à préparer pour présenter devant nos camarades qui jouent les élèves et 3 leçons que nous ferons à de vraies classes dans des écoles pendant 30 minutes.

J’avais peur que le rythme soit trop intense pour jongler avec le tutorat que je donne sur italki mais finalement ça va, je peux assurer de 1 à 3 leçons par jour en moyenne (avec quelques jours sans rien) sans être trop fatiguée. J’ai même le temps de cuisiner mes repas la plupart du temps, sauf quand je veux me faire plaisir et que je vais manger à ma cantine préférée à côté de l’appartement.

Je ralentis quand même un peu le rythme sur la dernière semaine pour avoir le temps de bien préparer les leçons qu’on donnera “pour de vrai”.

Les méthodes qu’on apprend sont très différentes des cours d’anglais qu’on a pu avoir à l’école. Maintenant les professeurs sont encouragés à faire parler les étudiants au maximum. Bien sûr il faut encore enseigner la grammaire mais priorité est donnée à la capacité à communiquer plutôt qu’à l’exactitude grammaticale. Il faut à tout prix éviter que les étudiants n’osent pas s’exprimer parce qu’ils ont peur de faire des fautes. La grammaire va s’apprendre “naturellement” en jouant ou en se mettant en situation. Il faut aussi encourager au maximum le travail en petits groupes pour que les étudiants soient le plus autonomes possibles et maximiser la participation de chacun.

Même si les activités ne sont pas toutes hyper-intéressantes, on se prête au jeu dans la bonne humeur.

Asian College of Teachers Kochi

L’ambiance dans la classe est bonne, Debelina, la formatrice a un style très détendu et elle a su instaurer un certain respect envers elle et entre les étudiants. J’avais été assez surprise de son petit discours d’introduction où elle avait insisté assez lourdement sur le fait qu’il fallait garder ses jugements de valeur envers ses camarades pour soi et qu’il ne fallait pas que ça entrave pas la bonne marche du cours et l’ambiance conviviale. Un formateur au Canada aurait sans doute fait la même remarque mais sans y passer autant de temps je pense. Quand je lui ai fait la remarque, elle m’a expliqué qu’en Inde il est malheureusement nécessaire d’insister car les jugements de valeur entre individus sont fréquents et souvent peu discrets (le système de castes et la religion influence encore fortement les relations entre individus, un fait qui m’a été confirmé par plusieurs personnes).

Bref, malgré la variété des profils, tout le monde est poli et l’ambiance est sympa même si on ne se voit pas vraiment en dehors des cours. On déjeune tous ensemble (soit notre “lunch box” soit au petit restaurant voisin pour 50 roupies). On aurait dû passer un après-midi ensembles le deuxième week-end de la formation mais au final nous ne serons que 4… Il faut dire aussi que la famille est encore une valeur hyper importante ici et qu’il y a très très souvent des évènements familiaux auxquels les jeunes sont plus ou moins tenus d’assister sous peine de créer des tensions dans les familles. La famille en Inde, c’est un sujet compliqué, j’y reviendrai peut-être dans un autre article…

Les deux premières semaines, nous enchaînons théorie, ateliers et 4 ou 5 séquences de 30 minutes pendant lesquels nous devons jouer le rôle du professeur pour nos camarades. Nous avons en général la fin d’après-midi et la soirée pour préparer ces séquences, après les cours de la journée. Au fil du temps, on voit nettement les progrès de chacun. Petit moment de fierté, apparemment mon style était apprécié par mes camarades et la formatrice, c’est encourageant 🙂

Asian College of Teachers Kochi

La dernière semaine passera à vitesse grand V, au rythme des cours que nous allons donner dans les écoles. Pour ne pas mobiliser trop de temps des élèves en cette période d’examens, nous sommes organisés en binômes et allons devoir co-animer une leçon de 30 minutes. Le binôme sera différent pour chaque leçon.

Asian College of Teachers Kochi

Nous aurions dû passer 3 matinées différentes dans des écoles mais au final, des soucis d’organisation ont forcé à un changement de programme de dernière minute (on est en Inde, c’est plus ou moins normal, faut savoir être flexible) et nous allons enseigner le mardi matin dans une école et le jeudi dans 2 écoles, deux classes à la suite.

Nous aurions aussi dû commencer par une leçon que nous avions déjà faite en classe destinée à un public ne parlant pas très bien anglais mais à cause du changement de programme, nous allons commencer par la leçon la plus compliquée: thème et style libre. Autre changement, les élèves sont dans une école internationale donc leur niveau d’anglais est déjà très bon malgré leur âge (8 ans). Première étape, se mettre d’accord avec son binôme… Nous n’avons pas la même vision des choses (il partait sur des choses destinées à un public de débutants en anglais) donc c’est un peu compliqué mais à force de compromis on fini par y arriver. J’avoue que j’ai un peu fait joué l’ancienneté pour défendre mon point de vue et arriver à mes fins 😀

Au final on a un peu tâtonné pendant la leçon mais ça s’est bien passé et je pense que les élèves ont appris des choses, ce qui était le but. L’ambiance dans la classe était très studieuses, les filles étaient adorables et bien disciplinées. L’école accueille des filles et des garçons mais ils sont ensuite séparés en classes selon leur genre. Le coordonateur du projet étant musulman, il a fait jouer ses contacts pour trouver des écoles partenaires qui se trouvent donc être toutes de confession musulmane.

La seconde école est cette fois une école de garçon et le standing n’est clairement pas le même qu’à la Peace International School. Ici nous irons dans deux classes, une d’adolescents (12-14 ans) de niveau intermédiaire et une de garçons plus jeunes (7-9 ans) de niveau débutant (mais la plupart savaient parler un peu). Cette fois-ci, tout s’est passé à merveille avec mes deux binômes (le doyen pour commencer et une fille qui a les mêmes méthodes de travail que moi), les élèves se sont bien comportés aussi et l’expérience a été très plaisante même si j’ai pu réaliser à quel point ça peut être difficile d’enseigner à des débutants sans connaître la langue locale.

Et que dire des 3 semaines partagées avec mes camarades… Une superbe ambiance s’est créée dans le groupe et je pense rester en contact avec certains. Même si on passe du temps sans se voir, je ne doute pas qu’on se retrouvera avec plaisir si l’occasion se présente. J’ai pu cotoyer des profils variés et découvert des personnes ouvertes d’esprit qui sauront faire bouger l’Inde vers le meilleur que ce soit en terme d’environnement, de droits de la personne ou de progrès social.

Asian College of Teachers Kochi
“Graduation selfie”. Youpi tout le monde a eu son diplôme!

C’est de notoriété publique, les Keralais sont fiers de leur état et de leur différence (langue, niveau d’alphabétisation, mixité religieuse pacifique) et j’ai pu constater que mes camarades ne faisaient pas exception!

J’ai aussi remarqué un point commun avec les Français: l’amour de la nourriture et la convivialité des repas! Ce n’est pas comme au Canada où chacun a tendance à rester dans son coin. Ici, on papote en déjeunant et on n’hésite pas à faire goûter sa nourriture aux autres. Celles/ceux qui habitaient Kochi venaient en général avec un repas fait maison (riz et multiples curries) tandis que ceux qui résidaient dans des hostels avaient le plateau repas préparé par l’hostel (inclus dans le prix de la chambre). Moi je faisais avec les moyens du bord dispos dans ma cuisine mais j’ai réussi à préparer mes repas la majorité du temps.

Cette expérience n’a fait que renforcer mon coup de coeur pour le Kerala et ses habitants. Elle m’a aussi donné plus confiance dans mes capacités à devenir professeur.

Il ne faut pas non plus dresser un portrait tout rose du Kerala, il y a aussi des problèmes de pauvreté au Kerala et l’origine sociale régit encore bien des choses (mariage, condescendance envers les classes les moins hautes sur l’échelle sociale…) mais c’est moins visible qu’ailleurs. Il est courant que les Malaylis s’expatrient pour quelques années pour gagner plus d’argent et faire vivre la famille restée au pays (il y a des maisons magnifiques dans certaines villes, notamment grâce à ça).

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