A l’aventure: quitter le confort de Fort Cochin

C’est donc sur une belle journée que s’achève mon séjour à Fort Cochin. J’avais prévu 5 jours ici le temps de m’acclimater, prendre mes marques et potentiellement tomber malade (ce qui n’est pas arrivé, youpi!). 

Je me sens confiante mais stressée à l’idée de devoir prendre le bus et/ou le train car j’ai du mal à trouver des infos (et encore moins des cartes). Je me mets en route assez tôt après le petit déjeuner. Je dis au revoir à Clinton et Marie qui auront donné le ton à ce voyage en me réservant un accueil bienveillant et sympathique. Je demande à Clinton de me répéter les instructions pour aller prendre le bus en direction d’Alleppey. 

1ère étape: bus pour Alleppey 

Je dois d’abord prendre un bus de ville pour rejoindre l’arrêt du bus pour Alleppey. Coup de bol, une autre touriste attend son bus pour l’aéroport et me dit de monter dans n’importe quel bus, ils vont tous passer là où je vais.  Sitôt montée (après avoir vérifié la destination avec le contrôleur), le chauffeur démarre sur les chapeaux de roues, je dois m’accrocher au mien (de chapeau) et à mes sacs aussi pendant que je suis projetée sur un siège (vide heureusement). Je reconnais enfin la conduite à l’indienne: le pied qui alterne brusquement entre frein et accélérateur et la main qui ne décolle pas du klaxon, je n’avais pas encore vu ça dans les rues de Fort Kochi…

Je suis le trajet sur le GPS de Google Maps mais je n’ai pas lieu de m’en faire, le contrôleur veille et me fait signe de descendre à un arrêt. Comme le bus s’arrête environ 1/10e de seconde à chaque arrêt, je ramasse toutes mes affaires et saute du bus en vitesse. 

Une fois descendue du bus, je ne vois rien qui ressemble à ce que je cherche… Que des petits magasins autour de moi et rien qui ressemble à un pont ni à la grosse station de bus où je suis censée aller (BOT Bridge). Aucun wifi en vue non plus… Well well well, c’est pas gagné. Je m’approche de ce qui ressemble à un arrêt de bus (une grappe de gens hétéroclite en train d’attendre sous un arbre) et tente ma chance auprès d’une dame: “BOT Bridge? Bus to Alleppey?” Elle pointe du doigt “Next stop.” OK, bon je ne vois pas le next stop mais peut-être qu’en faisant quelques mètres ça sera plus évident. Effectivement d’après le GPS de Google Maps, le pont est un peu plus loin, à une centaine de mètres sans doute. Je passe un virage et tout devient évident: une arche qui signale l’entrée du pont et de grands arrêts de bus où beaucoup de monde patiente. Je me dirige vers celui qui me paraît aller dans la bonne direction et je repère deux personnes avec des valises à qui je demande si c’est bien le bon arrêt.  Ils ont l’air aussi hésitants que moi et un homme qui attendait dans la foule me confirme dans un très bon anglais que c’est bien ici. Environ 2 minutes plus tard, un bus arrive et le même homme me fais signe de monter dedans. Ouf, sauvée, me voilà sur le bon chemin! Et il est encore tôt ce qui veut dire que j’aurais pas mal de temps pour explorer les environs du homestay avant la tombée de la nuit.  

Moralité: je n’ai plus peur de prendre le bus, jusqu’ici j’ai toujours trouvé quelqu’un pour me pointer la bonne direction et les contrôleurs dans le bus sont mes alliés. Maintenant je sais aussi que les bus qui circulent entre les villes sont soit publics (KSRTC) soit privés et que le mieux c’est de demander des infos à votre hôtel ou homestay sur les arrêts. 

Alleppey (Alappuzha) 

Je vois qu’il y a des sièges réservés aux femmes et il reste encore des places, c’est parfait, me voilà installée pour un peu plus d’une heure de route. La conduite sur l’autoroute est sportive mais tout se passe sans encombre. Je suis coincée au milieu sur la banquette avec mes gros sacs et je ne suis pas sûre que le proprio du homestay soit chez lui donc je n’ose pas descendre là où il m’a dit (un village loin de la ville) et je continue jusqu’à Alleppey en me disant que je trouverai bien du wifi pour pouvoir l’appeler dans cette ville touristique.  En plus, on approche de l’heure du déjeuner et je commence à avoir faim.  

Alors bon en fait, Alleppey (Alappuzha, qui en malaylam se prononce à peu près Alèpourra en roulant le r) ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. C’est le départ de tous les “houseboats” et autres embarcations qui emmènent les touristes naviguer dans les backwaters (sortes de canaux entre les multiples îles du coin) et le lac Vembanad donc je m’attendais à une sorte de station balnéaire touristique mais en fait, à proximité de la gare routière, à part un canal où se succèdent en continu les bateaux et les rabateurs, il n’y a pas des masses d’infrastructures en encore moins d’endroits qui ont du wifi. Il y a bien un wifi gratuit dans la gare mais pour ça il faut un numéro de téléphone local et le mien ne fonctionne toujours pas. Petite baisse de moral temporaire…

Bon allez, on ne se laisse pas abattre! Je me mets en route au pif le long du canal en essayant  de trouver un resto ou un café qui aurait internet. Au loin j’aperçois un bâtiment genre hôtel un peu chic/country club donc je tente ma chance. Pas de wifi gratuit mais la fille à la réception a pitié de la voyageuse craspouille et chargée que je suis et me prête son téléphone pour que je puisse appeler le homestay. Tout va bien, il est chez lui et m’attend après le déjeuner. Rassurée, je m’occupe de la priorité numéro 2, devenue numéro 1: manger!!

Je remonte le canal dans l’autre sens, vers ce qui paraît être le centre ville et en passant devant un resto dont sortent deux touristes aussi chargés que moi je vois le petit autocollant “wifi”, youpi! Allez, je m’arrête là. Bon, au final ils n’ont pas le wifi, mais ils ont à manger et c’est le plus important. En plus la nourriture est bonne (style rajasthani), un peu épicée mais j’arrive à la manger et le patron discute un peu avec moi, ça fait passer le temps. Pour une ville touristique, je trouve que c’est très calme, mais apparemment on est encore en basse saison. Mon téléphone montre des signes de progrès, la carte SIM est enfin reconnue et je peux finir l’enregistrement de mon compte mais je ne peux toujours pas appeler ni utiliser les datas, j’ai l’impression que le compte n’a pas été crédité. Bon, le gars de la boutique m’avait dit à partir de lundi 21h (et il est 13h) donc je lui laisse encore le bénéfice du doute avant de mettre en doute son honnêteté. 

Faites ce que dis, pas ce que je fais

Une fois rassasiée je reprends la direction de la gare routière pour voir si je peux trouver un bus ou un tuk-tuk pour me rapprocher du homestay. En chemin je me fais accoster par un homme d’une cinquantaine d’année qui me parle directement en français. Je suis tellement surprise que je marque un temps d’arrêt et il n’en faut pas plus pour qu’il continue à me parler (en anglais, il a épuisé les 3 phrases qu’il connaît dans toutes les langues européennes!). Encore une fois je fais confiance à mon intuition et fais taire la petite voix qui me dit que c’est quand même pas hyper prudent d’accepter que le gars m’emmène au homestay sur son scooter (il me propose un prix plus bas que le tuktuk donc je me dis que quitte à monter seule avec un inconnu, pourquoi pas lui plutôt que le chauffeur de rickshaw qui risque de m’arnaquer aussi).

Il y a tellement de monde autour de nous en permanence que je pense honnêtement ne pas prendre trop de risques et le scooter doit faire du 45 km/h maxi bien lancé en ligne droite sans circulation (autant dire que ça n’arrive pas souvent). Riyas possède son business de tour operator donc il aurait plus à perdre qu’à gagner à agresser une touriste. Je négocie juste de lui donner mon sac de fringues à l’avant et de garder le sac avec tout ce qui a de la valeur sur mon dos. Pas hyper confortable pour lui mais bon, ça me rassure. Avant qu’on parte, il appelle le proprio du homestay pour demander l’adresse exacte. Il m’amène à bon port sans souci et me propose ensuite de m’emmener voir la plage la plus populaire du coin, Marari Beach (Mararikulam). Ok, c’est reparti, en scooter Simone! On voyage sur une petite route qui traverse les villages, c’est super agréable et j’aime beaucoup le trajet. Il conduit prudemment, je sens qu’il fait attention! La plage touristique en elle-même, ouais bon, elle est longue, pas trop sale et bordée de palmiers mais c’est une plage à touristes avec transats et stands de bouffe et boissons à l’entrée. Pas trop mon style.

Le regard se perd au loin, pas un bateau en vue ni rien qui vient arrêter le regard jusqu’à la ligne d’horizon. Je me sens toute petite et un peu perdue. Pas grand chose à faire ni à regarder, en plein après-midi la plage est loin dêtre l’endoit le plus populaire, il fait trop chaud. On repart rapidement. En chemin, on se fait dépasser par une voiture conduite par un de ses potes donc voilà qu’on s’arrête au milieu de la route (non non on ne gêne personne…) et qu’ils commencent à discuter en malaylam. Comme les autres usagers de la route s’impatientent, on finit quand même par se tasser sur le bas côté. Je vois bien qu’ils parlent de moi, je ne pige rien mais ça a l’air bon enfant… Le gars dans la voiture me présente son fils qui doit avoir 15 ans et est super fier de discuter en anglais avec la touriste. Il veut me faire croire qu’il est manager d’un homestay (oui oui, ton père peut-être? mais bon je me méfie, ils font souvent soit vachement plus vieux que leur âge soit plus jeune alors c’est dur à dire). Il a un accent à couper au couteau mais il parle bien. 

Après 5 minutes assez surréalistes comme ça à échanger des amabilités de voiture à scooter on se remet enfin en route et Riyas me dépose au homestay. Je lui donne un petit extra pour m’avoir emmenée jusquà la plage. Il a l’air surpris mais moi je suis contente d’être saine et sauve et il s’est bien occupé de moi donc je lui donne ce que j’aurais dépensé pour le tuk tuk de toutes façons 😀

Réflexions personnelles: voyager au Kerala en solo en étant une femme

Je reste vigilante mais je commence à comprendre que je peux me détendre un peu. Le Kerala est un endroit où je me sens en sécurité. La population est plus éduquée que dans le reste du pays, moins pauvre aussi, et ça se ressent dans le comportement des gens. C’est un peu comme s’ils avaient une “mission” envers les touristes et qu’ils se sentent chargés de réserver un accueil hors pair. 

Autant il ne fait pas bon être un enfant ou une femme (indienne) en Inde (Kerala y compris malgré les apparences, j’y reviendrai plus tard), autant être une femme occidentale ne pose pas vraiment de problème. Les hommes me paraissent surtout curieux ou sincèrement intéressés selon les cas (enfin ça c’est dur à dire) et je les soupçonne de vouloir parader avec une occidentale devant leurs potes mais sans chercher plus que ça. L’industrie du tourisme est très développée et essentielle pour l’état du Kerala, comme je disais plus haut à propos de Riyas, ils auraient plus à perdre qu’à gagner à s’en prendre aux touristes. 

Avec les femmes, c’est différent. C’est rare qu’une femme viennent me parler mais surtout la discussion s’arrête très vite. Celles qui sont intéressées et me demandent d’où je viens parlent souvent seulement quelques mots d’anglais donc les possibilités sont assez limitées. Mais c’est décidé, si (quand) je reviendrai, je saurai parler quelques mots de malaylam 🙂 Celles qui parlent anglais, soit elles sont dans les grandes villes en train d’étudier ou de bosser, ou alors elles s’en fichent de l’étrangère!

Adresse

Mahadev (restaurant): le long du canal où il y a tous les bateaux, pas loin de la gare routière (il faut traverser le canal par l’une des passerelles). 

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