Jour 2: premiers pas en ville

Réveil très matinal (5h!) au chant du muezzin (eh non, pas du coq!) qui fait l’appel à la prière mais, fatigue et décalage horaire aidant, je me rendors tout de suite. Je ne sais pas si c’est que c’était un jour spécial ou que j’ai développé un “filtre” anti-muezzin mais je ne l’ai plus entendu à 5h du matin depuis (mais à d’autres moments de la journée oui)…

Pêle-mêle de religions (religious melting pot)

Au cours de mes déambulations dans la ville j’ai découvert que la mosquée se trouve juste derrière mon homestay (chambre chez l’habitant, comme un bed and breakfast mais il n’y a pas toujours le breakfast). A Fort Cochin, peu importe votre religion, vous trouverez votre bonheur: églises catholiques, protestantes, mosquée, temples, synagogue, “you name it, they have it” (vous dites ce que vous voulez, ils l’ont).

Fort Cochin bénéficie d’une situation privilégiée sur la mer d’Oman (Arabian sea en anglais) et attire depuis longtemps les marchands de toutes nationalités pour le commerce des épices. Les premiers seraient venus du Moyen-Orient au 14e siècle. Les Européens s’y sont aussi rapidement intéressés. Le Portugal est le premier pays à y établir une colonie (avant d’aller s’installer à Goa), puis les Hollandais sont venus faire un tour et ensuite évidemment l’empire Britannique a imposé son règne sur l’Inde. La communauté juive s’était établie ici il y a plus de 2000 ans. Le temps et les retours en Israel ont réduit sa taille à quelques dizaines d’individus mais le quartier et la synagogue existent toujours et la communauté est toujours active.

Pour vous situer, Fort Cochin est une toute petite partie de la ville de Cochin dont le centre névralgique se situe maintenant à Ernakulam (c’est là que je passerai 3 semaines bientôt, je vous en dirai plus à ce moment-là). Fort Cochin c’est la vieille ville aux ruelles tortueuses où on peut facilement se perdre (mais on n’est jamais bien loin de la mer ou d’un lieu touristique) et le coeur touristique. L’ambiance y est assez calme et détendue, rien à voir avec l’Inde telle que je l’ai vue en 2007 au Rajasthan. Dès quón fait quelques centaines de mètres plus à l’est ou au sud par contre, on retrouve le fourmillement d’une ville indienne typique (mais beaucoup plus “propre” et moins pauvre qu’au Rajasthan).

Peu après avoir quitté mon homestay, je tombe sur la magnifique basilique catholique Santa Cruz Cathedral Basilica.

santa cruz basilic
Simplicité et sobriété, pas un cm2 sans déco
santa cruz basilique
En levant les yeux au ciel, pas de répit, c’est décoré aussi avec une fresque représentant le chemin de croix.

Comme elle est sur le chemin entre le centre et mon homestay, je vais passer maintes et maintes fois devant cette église et j’aurai même l’occasion de la voir en activité car les portes restent ouverts pendant la messe. C’est mon monument préféré en ville, un repère rassurant et une ambiance particulière que j’aime beaucoup.

Les fameux Chinese fishing nets

Ensuite, passage obligé aux Chinese fishing nets (filets de pêche chinois), c’est L’attraction de la ville, celle qui figure dans tous les guides alors allons voir de quoi il retourne en vrai… Apparemment le système date du 14e siècle et aurait été importé par des explorateurs chinois (d’où le nom).

Il faut faire attention où on se place pour prendre les photos au risque d’avoir la rafinerie sur la rive opposée en arrière plan, tout de suite ça fait moins rêver. Les pêcheurs ne ramènent pas grand chose dans leurs filets, qu’ils montent et descendent toutes les 5 minutes. Un ingénieux système de poulies et de contrepoids rend la manoeuvre fluide. Les gars sont quand même 6-7 à l’ouvrage: il y a ceux qui tirent (ou lâchent) les cordes et ceux qui marchent sur les armatures en bois pour faire plonger le filet. Mon hôte m’a dit que c’était mieux le soir au coucher du soleil donc je décide de ne pas m’attarder et d’y retourner plus tard.

No tuk-tuk, no favour

Je reprends mes déambulations dans la ville, le nez au vent. Je repousse les avances des tuk-tuks. Mon hôte Clinton m’a prévenue: je suis en sécurité à Fort Cochin, je peux me déplacer en sécurité à toute heure sans soucis mais selon lui il vaut mieux que je reste seule et que j’évite les tuk-tuks. Il me conseille même de louer un vélo ou un scooter plutôt que de prendre un tuk-tuk mais vu la façon de conduire locale là j’ai quand même un doute… Je crois que je préfère risquer l’arnaque plutôt que l’accident. A l’exception d’un ou deux relous (annoying person), les chauffeurs de tuk-tuks n’insistent pas et c’est plutôt agréable de se balader. Je découvre rapidement que leur grand truc, une fois qu’on a dit qu’on n’avait pas besoin de tuk-tuk c’est de demander qu’on leur rende un service. Un gars essaie de m’expliquer que s’il m’emmène dans un magasin de souvenirs agréé par le gouvernement, il ne me fera pas payer la course parce que s’il amène des touristes là-bas, le gouvernement lui donne des tickets d’essence pour son tuk-tuk. Pas très confiante, je refuse et passe une occasion d’améliorer mon karma dixit le chauffeur. Oh well… (tant pis). Le soir en rentrant je tomberai sur un blog qui explique la manoeuvre et effectivement ça leur amènerait l’équivalent d’une semaine d’essence pour le tuk-tuk donc ce n’est pas vraiment une arnaque, juste un peu de temps perdu pour le touriste (qui théoriquement en a du temps à perdre car il est en vacances).

Les chauffeurs adorent se vanter que leur tuk-yuk c’est une Ferrari ou un hélicoptère, lui a poussé la blague jusqu’au bout.

Grandma’s kitchen

Bon, pour l’instant de toutes façons je suis bien à pied. Je veux aller voir un café galerie d’art que Clinton m’a recommandé et un Indien m’alpague dans l’entrée pour me dire que c’est fermé (pas d’électricité, mouais je me demande si c’est vrai) et me propose de m’emmener dans un magasin lui aussi. Je refuse poliment et alpague à mon tour une touriste à quelques mètres de moi qui vient elle aussi d’éconduire un “prétendant”. On fera un petit bout de chemin ensemble et elle me recommande un petit resto dont on lui a dit du bien: Grandma’s Kitchen. Je mange un thali typique: des rotis (aussi appelés chapatis), du riz, un petit bol de légumes dans une sauce à la tomate, un petit bol de dhal curry, une espèce de pâte verte faite à base de feuilles de cari et un petit bol de pudding sucré à la cardamome et au safran (dudhpak d’après mes recherches Google, super bon). Le tout un peu épicé mais pas insurmontable pour moi. Et ils ont été sympas, ils m’avaient mis une cuillère pour manger (les locaux mangent avec les doigts) 🙂

Coucher de soleil sur la mer d’Oman

Je décide de prendre un chemin différent pour retourner voir les filets de pêche et de longer le bord de mer vers le nord. Il y a toute une promenade sur laquelle déambulent les touristes en goguette et peut-être des locaux aussi car je suis entourée majoritairement d’Indiens… et de retraités français 🙂 Pas fous les retraités, ils peuvent partir hors vacances scolaires et à la belle saison pour éviter les grosses chaleurs et la mousson! Mais alors pourquoi il y a autant de Français par rapport aux Anglais ou Allemands par exemple je ne sais pas…

 

Au fur et à mesure que je me rapproche des premiers filets de pêche, les rangs des vendeurs en bordure de la promenade se font plus serrés mais ils me laissent relativement tranquille. J’ai l’impression que leur clientèle ce sont plutôt les familles indiennes qui achètent des glaces, des gadgets ou des vêtements pour les enfants ou encore du poisson. Il y a quelques étals qui vendent en effet du poisson frais, Clinton m’a dit qu’on pouvait en acheter là et l’apporter dans des restos qui le cuisinent pour vous mais à voir les mouches tourner autour des bassines et la fine couche de glace, je n’ai pas envie de tenter ma chance… En plus, je ne sais pas d’où viennent les poissons mais ça n’a pas l’air de venir des fameux filets chinois qui remontent quasi-vides… Force est de constater que la récolte des pêcheurs n’est pas plus fructueuse que le matin.

Il fait chaud mais il y a une petite brise, ce n’est pas désagréable. Je me pose sur une petite jetée pour attendre le coucher du soleil et prendre quelques photos. Touristes indiens et étrangers se succèdent pour immortaliser ce moment aussi. Le ciel est troublé par de la fumée et passé un certain point ça ne sert à rien d’attendre que le soleil disparaisse complètement donc je décide d’aller dîner histoire de ne pas rentrer trop tard. Resto tibétain pour ce soir, je commande un plat puis rentre au homestay même si j’ai encore un peu faim car les moustiques commencent à sérieusement me tourner autour.

kochi sunset

Perdu d’avance…

Bilan de la soirée et de la nuit: moustiques: 10 / moi: 4 (4 que j’ai tués, 10 qui m’ont piquée, j’ai beau porter un pantalon ça les freine à peine). C’est une bataille quotidienne dont je vous épargnerai les chiffres… J’en vois quelques uns mais ils restent assez discrets, à se demander où se planquent ceux qui me piquent. J’avais pris l’habitude de passer du temps avec des amis paramoustiques mais là je n’ai personne pour me protéger… A défaut je m’enduis de DEET sur les zones exposées et je me suis fait mon petit baume aloe vera-huiles essentielles post-piqûres, ça calme bien.

Cancer lié aux produits chimiques ou virus transmis par les moustiques, il faut se livrer à un calcul de probabilités pour doser son exposition au DEET… (testé l’icaridine aussi mais au final je trouve le DEET plus efficace et celui que j’ai (Woods de Canadian Tire) irrite moins les narines que l’icaridine)

Adresses:

Homestay: Aldos Ark, tenu par un couple adorable, Clinton et Marie. Marie est à 90% sourde mais ça ne l’empêche pas d’être une vraie pipelette (elle n’est pas née sourde et parle très bien anglais), de mon côté je dégaine crayon et papier quand je veux me faire comprendre. Très bien placé à maxi 10 minutes des principaux lieux touristiques. Calme (à l’exception des appels à la prière de la mosquée) car c’est dans une ruelle et propre. Difficile à trouver donc il vaut mieux demander au taxi d’appeler Clinton pour l’itinéraire.

Restos/Cafés:
Grandma’s kitchen: cuisine du Gujarat, traditionnel indien, bon et pas cher.

Kashi Café et Galerie: petite oasis au milieu de la ville. Bonne adresse pour un rafraichissement ou faire une pause de la nourriture indienne classique.

 

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