11 Novembre : Remembrance Day

Allez, après Halloween, on continue dans la série “les différences culturelles entre la France et le Canada”. La signification du 11 Novembre et du vocabulaire: 

“Poppy Day”, c’est l’autre nom du “Remembrance Day” (Jour du Souvenir) au Canada. Commémoration de l’Armistice de 1918 bien sûr mais aussi de tous les soldats morts au combat et vétérans ayant participé aux grands conflits des XXè et XXIè siècles (les deux guerres mondiales, l’Irak, l’Afghanistan…). Au Canada, la “11è heure du 11è jour du 11è mois” représente à l’évidence beaucoup plus qu’en France où, à mesure que les Poilus s’éteignaient les uns après les autres, cette commémoration devenait peu à peu un jour férié comme un autre, juste synonyme de grasse mat’.

Peut-être est-ce parce qu’en France, la Seconde Guerre Mondiale est plus présente dans les esprits, véritable traumatisme dans l’histoire du pays, et a droit à un jour de commémoration à part entière (ce qui n’est pas le cas ici), “volant la vedette” au lointain 11 novembre.

Peut-être est-ce parce qu’ici, outre-Atlantique, le grand traumatisme a été la Première Guerre Mondiale. En effet, elle ne porte pas ce nom-là par hasard, comme on nous a appris à l’école… En Europe, des guerres, on en avait vu, contre les Anglais, les Prusses, les Ottomans and what not (etc.). Souvenez-vous du calvaire des cours d’histoire à l’école primaire: les guerres en Europe? on commence en général avec les Gaulois et les Romains et on égrenne les conflits (Poitiers 732, Marignan 1515, Waterloo 1815… On dirait presque des noms de films) jusqu’à plus soif, et ce uniquement pour la France.

Le Canada n’a pas été “colonisé” avant la fin du 16è siècle et là encore, qui se faisait la guerre? Les Français et les Anglais (et quelques autochtones “First Nations” parce qu’ils se sentaient un peu concernés par ce qui se passait sur ce qui était avant leur territoire) et ça n’avait rien à voir avec la boucherie des tranchées du nord de la France…
La Confédération Canadienne avait 47 ans seulement lorsque la Première Guerre Mondiale a éclaté… Première expérience d’une guerre hors des frontières, dans la lointaine Europe (mais comme le Canada était encore membre de l’Empire Britannique en guerre, il n’a pas eu le choix), grosses pertes humaines et première expérience de conscription pour y faire face, traumatisme des combats de tranchées, ça a de quoi laisser des traces dans la mémoire collective et ce Jour de l’Armistice 1918 est progressivement devenu un jour de commémoration plus général pour tous les conflits auxquels le Canada a participé par la suite.

Ce qui nous a surpris, nous petits Français, c’est d’avoir vu fleurir les coquelicots (poppies) aux boutonnières des passants deux semaines avant le 11 novembre. Le coquelicot, c’est depuis les années 20 le symbole porté en souvenir de ceux qui sont tombés “au champ d’honneur”, d’après le poème de John McRae “In Flanders Fields“, et visiblement, ici ça a de l’importance. La commémoration dure en fait 2 semaines, durant lesquelles on s’affiche avec le coquelicot porté de préférence sur le coeur (enfin, où cette fichu aiguille veut bien restée plantée sans vous piquer ni tomber dès que vous faites un mouvement, ce serait vachement plus simple avec une épingle à nourrice soit dit en passant mais bon, c’est pas la tradition paraît-il), et elle culmine avec les cérémonies du 11 novembre qui voient affluer, pour peu qu’il fasse beau, des Canadiens de tous les âges (oui, même des jeunes).

Cette année, comme le 11 novembre tombe un samedi, le jour férié pour les employés qui ne travaillent que du lundi au vendredi sera lundi pour compenser. Ici, on n’a la plupart du temps que 2 semaines de congés payés alors on tient à nos jours fériés!

Vocabulaire:

Au fait, pourquoi “Lest we forget”me direz-vous?
“We forget”, c’est littéralement “nous oublions”. “Lest” est un terme assez ancien (on le trouvait déjà dans les traductions de la Bible) qui n’a pas vraiment de traduction directe en français mais qui dans le contexte serait équivalent à “Il ne faut pas oublier“. Au niveau du sens, ça correspond au slogan “Plus jamais ça” qu’on pouvait entendre en France après la guerre. En effet, il est important de ne pas oublier (pourquoi la guerre, les pertes humaines et dommages causés…) pour qu’une telle catastrophe ne se répète pas.
A ne pas confondre avec Let’s we forget qui, au-delà de n’être grammaticalement pas correct (on dirait let’s forget), voudrait dire quelque chose comme “allons, oublions!”, le contraire de l’effet recherché ici 😊

Remembrance
On connait le verbe “to remember”, se souvenir. Remembrance est donc le fait de se souvenir de quelque chose, de quelqu’un, d’un événement. On l’utilise surtout pour parler de commémorations de la guerre ou d’un décès. Synonymes moins connotés guerre/décès sont: recollection (ou recollections), memories, souvenirs.

Statutory Holiday (= stat holiday pour faire court, ou bank holiday au Royaume-Uni, le jour où les banques sont fermées alors qu’elles devraient être ouvertes)
Traduction: Jour férié.
Statutory c’est quelque chose qui est officiel, un décret, une décision administrative par l’Etat par exemple. Donc un stat holiday c’est un jour de vacances officiel, le même pour tout le monde, un jour férié.

Poppy (pluriel: poppies)
Le coquelicot. Je ne résiste pas à l’envie de partager une scène comique arrivée 3 mois après mon installation au Canada, à mon ancien boulot de réceptionniste dans un centre commercial. Si vous avez encore des doutes sur l’importance de la prononciation, ça ne va pas durer…

Moi: Hey, do you have a minute to explain to the lady how she can get an authorization to sell poppies in the mall? [hey, peux-tu expliquer à la dame comment faire pour avoir l’autorisation de vendre des coquelicots dans le centre commercial?]
Ma collègue: (silence, hésitation) What?
Moi: The lady here has a friend who would like to sell poppies… [la dame a un ami qui veut vendre des coquelicots]
Ma collègue: ………
Moi: Poppies. You know… for the vets? [des coquelicots, tu sais? pour les vétérans.]
Ma collègue: … hmmmmm………
Moi: Yes…. well… November 11, you know?
Ma collègue:  OOOOOOOOOOOOOH PAHppies
Moi: Yes, that’s what I said………………..
Ma collègue: It totally sounded like PEUH-ppies. Sure, send her in! [J’avais compris qu’elle voulait vendre des chiots. Bien sûr, dis-lui de venir dans mon bureau!]

Un exemple parmi tant d’autres du “cute French accent” si mignon… J’ai fait une erreur stratégique aussi: si je lui avais parlé tout de suite du 11 Novembre, elle aurait fait le rapprochement mais là, mon “vets” a ajouté à sa confusion. Je voulais dire “veteran” mais, ne sachant trop comment prononcer ça correctement, j’ai utilisé l’abbréviation “vet” qui peut aussi servir à désigner les vétérinaires… Forcément, elle n’a rien compris…
Bref: le coquelicot c’est PAHppy  (malgré l’orthographe c’est plus un son AH que O, en American English en tout cas)
le chiot c’est PEUHppy
Je vous invite à regarder cet extrait de Friends pour la prononciation des P en début de mots, un peu extrême mais vous allez vite comprendre!
Veteran: accent sur la 1è syllabe. Le T est le son entre le T et le D comme dans Water (en American English en tout cas). -An se prononce comme l’article indéfini “a, an”. VEdereun

 

 

Photo from: Canadianimmigrant.ca

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